FAKE NEWS CONCERNANT LA PRETENDUE « RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE L’ALIENATION PARENTALE »

Dr Maurice Berger

Dr Eugénie Izard

 

Le lobby du SAP n’est pas arrivé à ses fins.

Contrairement à ce qu’affirme le récent communiqué de l’association ACALPA, (Association Contre L’Aliénation Parentale) du 29 mai 2019, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) n’a opéré aucun changement dans sa nomenclature ni aucune reconnaissance du prétendu « Syndrome d’Aliénation Parentale ».

En effet, dans la nouvelle Classification Internationale des Maladies dite CIM 11, le terme « aliénation parentale » n’apparaît pas dans la liste des maladies mentales, mais dans la rubrique des « codes d’extension » dont il est précisé qu’« ils ne doivent jamais être utilisés en premier pour définir un trouble » [1]. (eh oui !). L’OMS précise même que l’index alphabétique est une liste de 120 000 termes cliniques (y compris des synonymes ou des expressions) et que « la mention d’un terme dans l’index ne signifie pas l’approbation ou l’endossement d’une situation particulière [2]». Eh oui encore !

De plus, dans ces codes d’extension, ce terme est intitulé « problème de relation entre donneur de soin (care giver) et enfant », sans aucune définition de ce problème…pour la raison plus que probable que le terme « d’aliénation parentale » ne correspond à aucune donnée scientifique et empirique reconnue.

La position exprimée par les spécialistes qui ont obtenu que le terme « aliénation parentale » ne soit pas inscrit dans le DSM 5, pour insuffisance de fondements scientifiques, est donc toujours aussi pertinente.

Enfin, en juillet 2019, 339 experts et organisations professionnelles représentant 36 pays ont signé un texte reprenant les références de la littérature scientifique qui démontraient l’absence de données scientifiques sous-tendant ce concept et sa dangerosité[3].

RAPPEL

Comme le précise Eugénie IZARD (Izard, 2018) : « L’aliénation est un terme bien trop flou dans son utilisation courante pour être discriminant dans les évaluations. L’aliénation parentale peut désigner de nombreux phénomènes très différents et incomparables dans leur gravité et leurs conséquences sur le développement psychique de l’enfant »

 En effet, ce terme peut être utilisé pour désigner :

  • Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) définit par Gardner dans les années 80 :

Gardner a défini ce syndrome comme un « lavage de cerveau »   présent selon lui dans 90 % des litiges de garde (BERGER, PHELIP, 2012) de la part de mères qui émettraient de fausses accusations d’agressions sexuelles pour se venger et couper le lien père-enfant. Gardner a publié de nombreux articles pro-pédophiles. Il s’est suicidé en se lardant de coups de couteau.

Sa théorie repose sur la fausse affirmation, sans aucune preuve objectivable, que la quasi-totalité des allégations d’abus sexuels sont mensongères, alors qu’en réalité toutes les études internationales montrent que seulement 3 % de ces allégations sont fausses. Conséquence, des mères protectrices se retrouvent accusées de manipuler leur enfant lorsqu’elles rapportent ses allégations d’agressions sexuelle, celui-ci étant alors très souvent placé chez son agresseur.

  • Le fait qu’un enfant s’allie à un parent et rejette l’autre :

Or le phénomène des alliances et des mésalliances est constitutif de tous les rapports humains, c’est quelque chose de normal et aucune relation n’est jamais équivalente à une autre, sauf dans l’idéal d’égalité parfaite et de symétrie de la paranoïa. Même dans une famille réunie, les enfants sont tantôt plus proches d’un parent que d’un autre et inversement. Ce phénomène peut être encore renforcé au moment des séparations sans forcément constituer une pathologie[4].

  • Les conflits parentaux :

Lors d’une séparation (et les critiques d’un parent vis-à-vis de l’autre qui en découlent) sont souvent considérés à tort comme des comportements aliénants. Or les processus en jeu dans un fort conflit sont très différents de « l’aliénation » au sens de l’emprise.

  • Des processus de lavage de cerveau avec embrigadement qui sont des pathologies extrêmement graves :

Ils correspondent à des modes de relation retrouvés dans la perversion ou la paranoïa, avec des mécanismes d’emprise pour contrôler l’autre. L’enfant devient le bras armé de la perversion parentale, ou du délire parental qui devient alors une sorte de délire à deux. La seule façon alors de déterminer cette emprise avec délire relève d’un examen psychiatrique approfondi de la personnalité de l’auteur et du phénomène de contamination délirante qu’il a suscité[5]. Autant dire qu’il s’agit d’un diagnostic qui demande de grandes connaissances psychopathologiques et psychiatriques, une grande expérience en matière de paranoïa, de psychiatrie de l’enfant, de victimologie, et plus particulièrement dans les phénomènes d’emprise, de violences et d’agressions sexuelles. Aussi seuls des psychiatres ou psychologues d’excellence ne devraient être amenés à porter de tels diagnostics. En aucun cas nous professionnels ne validons le fait que cette pathologie puisse être décrite et colportée par des militants, frisant par certains aspects l’exercice illégal de la médecine.

  • Comme l’ont montré de nombreuses recherches (Meier, 2013 ; Sielberg, 2013)[6] et la pratique clinique des professionnels en charge des enfants maltraités :

Le concept d’aliénation parentale aux contours flous, inintelligibles, et qui n’a aucune validité scientifique lui permettant d’être utilisé comme diagnostic, entrave considérablement la protection des enfants maltraités. Son utilisation peut amener à confier la garde d’un enfant à son parent maltraitant.

  • Pour toutes ces raisons :

Nous défendons le fait que le terme d’emprise, et éventuellement de délire paranoïaque et/ou de perversion, doivent continuer à être nos références psychopathologiques pour décrire les phénomènes graves que nous rencontrons ; et nous demandons que le terme d’aliénation ne soit plus utilisé afin d’éviter ces amalgames qui conduisent à de terribles erreurs.

BIBLIOGRAPHIE

Izard, Eugénie. (2018) Syndrome d’aliénation parentale ? Présentation à la formation continue de l’ENM

Kaës, R. (2013). Un singulier pluriel, la psychanalyse à l’épreuve du groupe. Paris : Dunod.

Meier, J. (2013, September). Parental Alienation Syndrome and Parental Alienation – A Research Review. Récupéré sur https://vawnet.org/sites/default/files/materials/files/2016-09/AR_PASUpdate.pdf

Phelip, J., & Berger, M. (2012). Divorce, séparation, les enfants sont ils protégés? Paris : Dunod.

Sielberg , J. (2013 ). Crisis in Family Court: Lessons From Turned Around Cases. Final Report submitted to the Office of Violence Against Women, Department of Justice.

[1] https://icd.who.int/browse11/l-m/en#/http%3a%2f%2fid.who.int%2ficd%2fentity%2f979408586

[2] https://icd.who.int/icd11refguide/en/index.html#2.09Vol3index|index|c2-9

[3] http://www.learningtoendabuse.ca/collective-memo-of-concern-to-WHO-about-parental-alienation.html

[4] Il est à noter que pour les chercheurs anglo-saxons comme Johnston et Kelly, il y a bien une différence entre le SAP décrit par Gardner et qui est totalement réfuté, et « l’aliénation parentale » avec rejet parental ayant de multiples causes qui nécessitent une exploration familiale rigoureuse de l’ensemble des comportements parentaux et des propres vulnérabilités de l’enfant.

[5] Pour René Kaes (2013), éminent psychologue en psychanalyse familiale, l’aliénation désigne : “l’abandon ou le sacrifice d’une part de soi au profit du pouvoir d’un autre interne ou externe (instance, personne, idée…).  Donc cette notion inclut un rapport de pouvoir, de domination et d’assujettissement, ceci la rapprochant de la notion d’emprise.

[6]https://reppea.wordpress.com/les-documents-de-references-sur-le-sap/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *