EDITORIAL

Rédacteur en chef

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La naissance d’une revue scientifique est souvent un évènement décisif pour le domaine auquel cette initiative est associée, elle fonde un projet et délimite dans le même temps un programme de recherche. Mais le principe de la revue est aussi indissociablement lié à l’entreprise de diffusion des connaissances, tout comme il constitue également une ouverture en direction de milieux qui ne sont pas spécifiquement liés à la pratique de la recherche, ni même à la population des seuls praticiens du domaine considéré.

Thyma voit le jour dans un contexte d’essor de la victimologie (du grec : « victima », désignant une victime), envisagée dans sa diversité disciplinaire. Elle définit un site d’énonciation accessible à la diversité des points de vue, des sensibilités doctrinales ; elle représente surtout un vecteur de prise de parole effective, soucieuse de familiariser le public le plus large avec les objets et les enjeux de la victimologie. Par son intitulé même –Thyma– cette publication numérique signale sa préoccupation pour le domaine de l’expérience et du vécus subjectifs, tels qu’ils peuvent, dans le même temps, être appréhendés, voire modélisés par les champs de savoir et les secteurs d’expertise impliqués dans la prise en compte des victimes. Par cette double orientation, Thyma signe son rattachement à la tradition phénoménologique, soucieuse de description et de rigueur, simultanément attentive à saisir ce qui fait sens pour les sujets. Mais sans doute, du fait même de son inscription disciplinaire, Thyma focalise l’essentiel de ses questionnements sur le spectre de la souffrance humaine, que celle-ci soit l’effet de l’intention de nuire et/ou de détruire ou l’effet de circonstances contraires.

Comme l’explicitation de l’intitulé l’indique, Thyma est une revue francophone : C’est dire que ses protagonistes, comme ses contributeurs, envisagent de doter la réflexion en langue française, sur l’état et le statut de victime, d’un organe de diffusion susceptible d’enrichir le débat international, à partir des pôles culturels et sociétaux en liens directs avec l’Ecole française de victimologie. Par ce biais elle fait directement écho à des initiatives affines qui ont déjà leur importance, et occupent une place significative dans le champ, telles que les collectifs professionnels qui se sont déjà développés sur le continent nord-américain (notamment au Canada), ou européen (en Belgique), ou bien qui oeuvraient sans grande représentativité, en dépit de leur qualité intrinsèque, dans les pays du Maghreb. Thyma se veut la revue des théoriciens et des praticiens, spécialistes et acteurs, à des titres divers, de la victimologie.

Nous avons indiqué d’emblée que la vocation de Thyma, à l’instar des revues scientifiques, privilégie la diffusion des connaissances. Mais cette idée appelle certaines spécifications. Par ‘’diffusion des connaissances’’, il convient d’entendre plusieurs objectifs : la circulation et la mise en commun de l’information, que celle-ci soit théorique ou pratique, puisqu’il s’agit aussi bien d’attirer l’attention des lecteurs sur les apports fondamentaux de la victimologie, que de les renseigner sur les manifestations importantes (journées d’étude, séminaires, formations) ou sur l’activité des pôles de formation (transmission académique, colloques et congrès), ou encore sur l’activité éditoriale relative au champ (article, livres). Chacune de ces perspectives ouvre sur un type d’élaboration de la victimologie, et l’information qui en signale l’existence contribue à sa manière au développement comme à la meilleure connaissance du domaine. Mais la circulation de l’information passe en outre par un geste pédagogique ; à ce titre Thyma entend aussi assumer une tâche d’instruction, et de relais accessible au plus grand nombre, des notions et concepts de la victimologie. Cette tâche de familiarisation consiste à mettre des savoirs le plus souvent techniques à la portée du plus grand nombre. C’est donc sur le mode de la rencontre, et de la parole vive qui en résulte dans le meilleur des cas, qu’il convient de recueillir le point de vue, mais aussi les explications des acteurs du champ ; cette perspective consistera notamment à privilégier de façon régulière le principe de l’entretien.

Le spectre intellectuel de Thyma est proportionnel à la diversité disciplinaire de la victimologie. A cet égard, l’éventail des contributions qu’elle accueille déjà, ou qu’elle est susceptible d’accueillir, reflète et s’efforcera de refléter très exactement le questionnement propre à chaque pôle de constitution de la victimologie générale :

  • le domaine juridique, entendu en regard de sa diversité (droit pénal, civil, social, administratif), sans exclure –au-delà de la stricte considération des législations en vigueur- la réflexion de type socio-juridique et philosophico-juridique ;
  • la criminologie, en tant que champ de recherche immédiatement connexe, lui-même articulé sur une transdisciplinarité raisonnée, qui s’étend également du droit à la psychologie et la sociologie, sans excepter certaines ramifications spécialisées telles que la sociologie de la déviance et de la violence ;
  • la victimologie empirique (fondée sur le principe de l’enquête, étayée par la recherche sociologique et ethnologique) ;
  • la victimologie humaniste (compte tenu de l’apport du champ associatif spécialisé, mais aussi des secteurs directement liés à l’accompagnement socio-judiciaire) ;
  • la psychotraumatologie (comprise sous le double rapport de la clinique et des soins, ainsi que des différents registres d’expertise).

Chacune de ces composantes articule un versant proprement technique à un ou plusieurs versants plus spéculatifs, soucieux de penser la praxis.

Du même élan, la conjonction des différentes branches de la victimologie réunit les conditions de possibilité d’une réflexion féconde sur le passage de la condition de victime au statut de victime. Cela implique une réévaluation de la place de la psychotraumatologie dans cet ensemble disciplinaire, non pas du tout pour en relativiser l’importance, mais au contraire pour dissiper un lieu commun toujours persistant, selon lequel la clinique du trauma subsumerait à elle seule toute les perspectives et les exigences de la victimologie.

La psychotraumatologie, par sa spécificité même, détermine, par-delà les enjeux proprement cliniques qui sont les siens, une compréhension à la fois anthropologique et politique –au sens premier de ce mot- de la condition victimaire. En effet, le spectre disciplinaire de la victimologie favorise l’essor d’une réflexion originale sur le caractère traumatogène des sociétés. Thyma a l’ambition d’encourager cette sorte de réflexion, qui conjoint le point de vue éthique au désir d’élucidation, en favorisant aussi le développement d’une socio-victimologie générale en prise directe sur les sciences historiques.

La revue Thyma existe désormais, puisse-t-elle, à travers les nombreux contributeurs et partenaires qui se sont engagés à la faire rayonner en lui prêtant leur concours, tenir les promesses d’une communauté scientifique soucieuse d’aboutir ses objectifs, et d’une communauté humaine responsable, également attentive au devenir des personnes.

Georges-Elia Sarfati

Professeur des universités

Rédacteur en chef de “Thyma- revue francophone de victimologie”

Directeur de l’Ecole Française d’analyse et de thérapie existentielles (logothérapie) V. Frankl

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