ETUDE DU LIEN ENTRE LES PRATIQUES PARENTALES ET LE TROUBLE STRESS POST-TRAUMATIQUE DE PARENTS AYANT UN ENFANT CONFIE A L’AIDE SOCIALE A L’ENFANCE

Benoit LECOQ

  • Psychologue clinicien
  • lecoq4891@gmail.com

RESUME

Si la protection de l’enfant l’exige, le juge des enfants peut décider de le confier à un service de l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est un service non personnalisé du département, placé sous l’autorité du Président du Conseil Départemental, qui doit organiser sur une base territoriale les moyens nécessaires à l’accueil et à l’hébergement des enfants confiés. Les enfants confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance sont ou ont été fréquemment confrontés à des événements traumatiques. Si tous ne développeront pas de trouble de stress post-traumatique, il arrive souvent que leurs parents soient impliqués dans leur exposition à certains évènements potentiellement traumatiques. La prévalence de ce trouble chez leurs parents mérite donc d’être mesurée compte tenu des conséquences neurologique, psychologique, et éducative, de ce trouble. Deux groupes de parents (un groupe avec enfant(s) confié(s) à l’ASE, un autre sans enfant confié) furent invités à remplir deux questionnaires évaluant d’une part leur état de stress post-traumatique (PCL-5) et leurs pratiques parentales (EMPP). Les résultats empêchent de conclure à l’existence d’un lien entre le niveau de stress post-traumatique et les pratiques parentales des parents des deux groupes. En revanche, les résultats permettent d’affirmer que les parents ayant un enfant confié à l’ASE présentent un score au PCL 5 supérieur aux parents n’ayant pas d’enfant confié. Enfin, la mesure de l’état de stress post-traumatique des mères ayant un enfant confié est plus grande relativement à celle des pères ayant un enfant confié. En conclusion, les modalités de recueil des données sont interrogées en tant que source de biais dommageables dans la mise en œuvre de cette étude qui appelle à des précisions et des méthodes plus rigoureuses pour établir des données fiables concernant cette population très concernée par le psychotraumatisme.

LISTE DES ABREVIATIONS

  • ASE : Aide Sociale à l’Enfance
  • CAPS : Clinician Administration PTSD Scale
  • EMPP : Echelle de Mesure des Pratiques Parentales
  • Hs : Hypothèse
  • M (1, 2, > 3) : Mois 1, 2, supérieur à 3
  • PCL-5 : Posttraumatic stress disorder Checklist – version DSM5
  • TSPT : Trouble Stress Post-Traumatique

 INTRODUCTION

Pour des raisons culturelles et idéologiques (Lopez, 2013, Tursz, 2017), la recherche menée sur le traumatisme psychique en France est assez faible. La plupart des études épidémiologiques sur le TSPT sont anglo-saxonne, hormis deux grandes études de santé mentale européenne (ESEMed, 2003) et française (Enquête SMPG, 2003). Selon les méthodes d’évaluation, au sein de la population générale, la prévalence du TSPT se situe aux alentours de 9 % (Breslau, 1998), quand une autre étude importante indiquerait que sa prévalence varie de 1 à 7% en Europe (Kessler, 2005). Les comparaisons sociodémographiques indiquent une plus forte proportion de TSPT chez les femmes, et les personnes ayant un faible niveau socio-économique et socio-éducatif, à l’instar de la plupart des troubles mentaux[1].

L’exposition des enfants à des événements traumatiques est fréquente et interfère avec tous les aspects de leurs développements (Baubet, 2018). Concernant l’exercice de l’autorité parentale relativement à l’enfant, le cadre de l’article 375 du Code Civil prévoit que lorsque sa « santé […] est en danger ou si les conditions de son développement affectif […] sont gravement compromises », des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées en justice, par exemple en le confiant à un service départemental de l’Aide Sociale à l’Enfance. Tout en étant peu nombreux dans ce domaine, les travaux scientifiques français qui concernent l’Aide Sociale à l’Enfance ont pour principal objet d’étude la surreprésentation des pathologies psychiatriques des enfants confiés (Hammoud & al., 2018, Martin & al., 2017, INSERM, 2002, Luce & Tremblay, 2013), le nanisme psychogène (Moureau & Delvenne, 2016), ou les conséquences des dispositifs légaux sur eux (Delaville & Pennequin, 2018). Nous souhaitons porter notre intérêt sur le trouble du stress post-traumatique parmi les parents ayant un enfant placé à l’Aide Sociale à l’Enfance. Au-delà de l’intention de mesurer la prévalence du TSPT au sein d’une population spécifique, l’idée de cette étude est de tenter un meilleur repérage des facteurs de risques connus de maltraitance infantile[2] et limiter l’exposition des enfants à des événements traumatiques encore trop fréquemment causés par leurs parents, avant ou après un placement (après un placement, les représentants légaux du mineur bénéficient très souvent de droits de visite et d’hébergement). 

CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE LA QUESTION

Les expériences traumatisantes des parents influencent négativement leur comportement parental. Ils ont davantage une pratique parentale inadaptée (Testa, 2011), un déficit d’autorité sur leurs enfants (Cole, 1992 ; Trickett, 2011), une tendance à minimiser les difficultés de leurs enfants (Lyons-Ruth, 1996) et une utilisation plus importante de punitions corporelles pour résoudre les conflits avec leurs enfants (Banyard, 1997 ; DiLillo, Tremblay, & Peterson, 2001). Pour cause, le TSPT affecte le traitement émotionnel en induisant des biais attentionnels vers les stimulis traumatiques (Weber, 2008) qui sont mieux détectés (Pineles et al., 2008), mais il affecte également le traitement cognitif (Pineles et al., 2009). Cela signifie que les parents ayant été exposé à un événement traumatique détectent bien les risques pour leurs enfants (dans l’environnement comme dans leur comportement), mais leur façon d’y faire face est inadaptée, allant parfois jusqu’à les y exposer. L’hypotrophie de l’hippocampe, constatée chez des sujets qui ont subi un évènement traumatique (Renaud, 2011), induit des troubles de la mémoire et du comportement, des erreurs d’interprétation d’informations ambiguës comme menaçantes, et des difficultés dans la régulation des affects. Ce type de dysfonctionnements cognitifs aggrave les réponses inadaptées dans l’éducation de leurs enfants. Enfin, parmi les facteurs de risques connus de développer un TSPT, l’existence d’une psychopathologie parentale (Hamblen, 2016) et le faible niveau d’éducation comme de soutien familial (Gibert et al., 2018) caractérisent les situations familiales des enfants connus des services sociaux.

D’où l’importance d’identifier des parents à risque nécessitant des actions ciblées d’accès aux soins psychothérapeutiques et pharmacologiques (M 1), pour prévenir secondairement la maltraitance, l’apparition de troubles séquellaires chez eux ou leurs enfants (M 2), ou en prévention tertiaire (≥M 3) du traitement de troubles comorbides constitués.

Les études existantes (Banyard, 1997 ; Ehrensaft & al., 2015) analysent souvent le même type d’événements traumatiques vécus par les parents (des agressions sexuelles ou des viols des mères dans leur enfance), sans mesurer l’existence générale d’un TSPT chez eux. Seule une étude nord-américaine sur les vétérans avec mesure du TSPT (Harrison & al., 2014) analyse les conséquences pour les parents dans leur façon de faire face aux difficultés avec leurs enfants. L’ensemble de ces données nous a incité à rechercher la prévalence de la sévérité clinique d’un TSPT chez les parents (par un instrument dimensionnel « PCL-5 », sans cibler un type précis d’événement traumatique) et l’analyse du lien avec leurs pratiques parentales auprès de leurs enfants à travers deux facteurs : le laxisme et la réactivité excessive.

METHODES

Les deux groupes de parents résident sur le même département.

– Un premier groupe « contrôle » est composé de 19 parents francophones, ayant un ou des enfants mineurs non confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, recruté par deux services jeunesse de deux communautés d’agglomération à travers un questionnaire diffusé en ligne.

– Un second groupe « expérimental » est composé de 32 parents francophones, ayant au moins un enfant mineur confié à l’Aide Sociale à l’Enfance, directement contacté pour remplir le questionnaire avec le psychologue du service

Hs gal : les pratiques parentales varient selon la sévérité clinique d’un TSPT chez les parents

Hs spécifique : Les parents présentant un score élevé au PCL 5 ont un score élevé à un des deux facteurs de l’échelle des pratiques parentales.

H0= le score obtenu par le sujet aux deux facteurs (laxisme et réactivité excessive) est indépendant du score à la PCL-5.

H1= le score obtenu par le sujet aux deux facteurs (laxisme et réactivité excessive) dépend du score à la PCL-5.

Hs2 : Les parents ayant un enfant confié à l’ASE présentent un score au PCL 5 supérieur aux parents n’ayant pas d’enfant confié.

Hs ancillaire : Les parents de sexe féminin présentent un score au PCL 5 plus important que les parents de sexe masculin, tous groupes confondus (parents ASE et non ASE).

Pour les analyses statistiques, comme la variable réponse (score aux facteurs laxisme et réactivité excessive) et la variable explicative (score PCL5) sont quantitatives, la méthode d’analyse consistera à modéliser les données à travers une analyse de régression linéaire. Pour l’hypothèse ancillaire, le test non paramétrique de Wilcoxon-Mann-Withney (groupes indépendants) sera utilisé (données anormales).

Instruments / Outils de mesure :

L’échelle des pratiques parentales validée par Brodard & al. (2018) et le Questionnaire de l’échelle PCL-5. Renseignements socio-démographiques : sexe, niveau d’étude, tranche d’âge.

RESULTATS

L’hypothèse principale

Les parents présentant un score élevé au PCL 5 ont un score élevé à un des deux facteurs de l’échelle des pratiques parentales.

Concernant l’hypothèse principale, les paramètres du modèle ne sont pas significatifs, les variables associées n’ont pas d’influence sur la variable réponse, aussi bien dans le groupe contrôle que dans le groupe expérimental. On ne peut pas rejeter H0 au profit de H1 et on ne peut pas conclure à l’existence d’un lien entre les variables en présence. Les scores obtenus par les sujets aux deux facteurs (laxisme et réactivité excessive) sont indépendants des scores à la PCL-5. Plus précisément, concernant l’effet du facteur laxisme (voir graphiques ci-dessous) chez les sujets du groupe expérimental (ASE) et du groupe contrôle (non ASE), les tests de significativité pour les deux coefficients donnent des valeurs de probabilités très supérieures aux seuils usuels de .05 (α = 0,0821, β=0,7779), aucun des deux coefficients n’est valide et le modèle n’est pas significatif (r=0,004807 p=0.0974).

Pour le facteur réactivité excessive (voir graphiques suivants) chez les sujets du groupe expérimental (ASE) et du groupe contrôle (non ASE), les tests de significativité pour les deux coefficients donnent des valeurs de probabilités très supérieures aux seuils usuels de .05 (α = 0,482, β=0,500), aucun des deux coefficients n’est valide et le modèle n’est pas significatif (r=0,02719 p=0.4999).

Hs2 : Les parents ayant un enfant confié à l’ASE présentent un score au PCL 5 supérieur aux parents n’ayant pas d’enfant confié.

Les données vont dans le sens de l’hypothèse alternative (voir graphique ci-dessous, médiane représentée par le point bleu), la médiane du groupe expérimental « Parents ASE » est supérieure à la médiane du groupe contrôle « Parents non ASE ». On note également que la dispersion des données semble plus importante dans le groupe expérimental qui de surcroît contient deux mesures aberrantes.

Ceci est en soi un bon argument pour justifier l’utilisation d’un test non paramétrique comme le test U de Wilcoxon-Mann-Whitney. De plus, le test de la normalité des données pour la variable numérique « score PCL.5 » renvoi un W = 0.91411, p-value = 0.001289. La p-value est inférieure à .05, l’échantillon s’écarte d’une distribution normale. Il faut utiliser un test non paramétrique, le test de Wilcoxon-Mann-Withney (groupes indépendants) est requis.

Comme on pouvait s’y attendre, on obtient une différence significative entre les deux groupes dans le sens d’une supériorité du groupe 1 sur le groupe 2. La fonction wilcox.test() renvoie un W =427 avec une p-value = 0.008432 < .05. Les parents ayant un enfant confié à l’ASE présentent un score au PCL 5 supérieur aux parents n’ayant pas d’enfant confié. Au sein de notre étude, les scores obtenus à la PCL-5 sont donc dépendants du statut des enfants (confiés ou non).

Hs ancillaire : Les parents de sexe féminin présentent un score au PCL 5 plus important que les parents de sexe masculin, tous groupes confondus (parents ASE et non ASE).

La médiane (voir graphique ci-dessous, médiane représenté par le point bleu) du groupe des femmes est très faiblement supérieure à la médiane du groupe hommes.

La fonction wilcox.test renvoie un W = 300 (p-value = 0.2707>.05). Dans notre étude, tous parents confondus (ASE et non ASE), le sexe n’a pas d’effet sur le score à la PCL-5.

En revanche, lorsqu’on analyse les données uniquement du groupe expérimental (voir graphique suivant), nous observons des médianes différentes, plus élevées chez les femmes.

Tout sexe confondu, la moyenne au PCL.5 est de 22.78 dans le groupe ASE expérimental. Comme semblait l’indiquer le graphique, nous constatons une différence significative en fonction du sexe au test de Wilcoxon-Mann-Withney (groupes indépendants), dans le sens d’une supériorité du groupe Femme sur le groupe Homme. La fonction wilcox.test renvoie un W = 177 (p-value = 0.02731<.05). La p-value a une valeur inférieure à .05, on peut conclure à l’existence d’un lien entre les variables en présence.

La mesure de l’état de stress post-traumatique des femmes ayant un enfant confié est plus grande relativement à celle des hommes ayant un enfant confié.

Concernant le groupe contrôle, rien sur le graphique ne permet de présumer d’une différence significative. En effet, le test de Wilcoxon-Mann-Withney (groupes indépendants) confirme l’absence de différence significative dans le sens d’une supériorité du groupe Femme sur le groupe Homme. La fonction wilcox.test renvoie un W = 13.5 (p-value = 0.2314 >.05)

La mesure de l’état de stress post-traumatique des femmes sans enfant confié n’est pas plus grande relativement à celle des hommes sans enfant confié.

 DISCUSSION

La plupart des résultats de cette étude ne sont pas significatifs et ne permettent pas de répondre aux deux principales hypothèses posées. Les hypothèses concernant le facteur sexe des parents permet de valider le fait que la mesure de l’état de stress post-traumatique des femmes ayant un enfant confié est plus sévère relativement à celle des hommes ayant un enfant confié. Une dernière différence significative a été relevée au niveau des scores obtenus à la PCL-5 qui dépendent du statut des enfants (confiés ou non): la mesure de l’état de stress post-traumatique est significativement plus grande chez les parents ayant des enfants confiés. Différentes interprétations de cette dernière différence significative sont possibles. Dans le groupe expérimental, les niveaux supérieurs de score à la PCL-5 peuvent résulter :

– d’une réalité clinique et statistique : une proportion non négligeable (dans notre échantillon, parmi les 32 parents du groupe expérimental, seulement 8 n’ont pas bénéficié de mesures d’assistance éducative au cours de leur minorité) des parents de l’ASE ont eux-mêmes subis des maltraitances graves et sévères au point d’être placés dans leur enfance, ce qui peut expliquer le niveau important du score à la PCL-5.

– ceux qui n’ont pas bénéficié de mesures d’assistance éducative au cours de leur minorité présentent, a minima, une ou des fragilités (addictions, déficience intellectuelle, sans emploi ni activité depuis de nombreuses années, problèmes de santé, problèmes psychologiques ou pathologies psychiatriques, violences conjugales…). Ainsi, sans vouloir stigmatiser les parents dont les enfants sont confiés au service de l’Aide Sociale à l’Enfance, force est de constater qu’il existe souvent chez eux un vécu, lointain et/ou présent, peu propice aux conditions d’environnements les plus protecteurs d’événements traumatiques.

– enfin, et c’est l’aspect clinique le plus nettement relayé par les parents concernés lors de la passation des questionnaires, l’événement du placement de leur enfant représenterait selon eux un poids considérable dans le mal-être qu’ils traduisent à travers le questionnaire PCL-5.

Par ailleurs, cette étude présente plusieurs limites: en premier lieu, les répondants du groupe expérimental ont tous rencontré en face à face le psychologue du service de l’Aide Sociale à l’Enfance où sont confiés leurs enfants. Bien que dans la présentation de l’évaluation le psychologue ait bien signifié que cette démarche est dégagée des enjeux existant dans le placement de leurs enfants, il est hautement probable que les répondants aient eu tendance à répondre seulement en tentant de traduire leur colère liée au placement de leurs enfants (refus des motifs du placement) pour alimenter leur positionnement conflictuel avec le service, ou au contraire en édulcorant une partie de leur vécu traumatique et en orientant leur réponses concernant leurs pratiques parentales afin de se rendre plus désirables. Cette hypothèse nous semble renforcée par le taux de réponse assez élevé parmi les parents ayant un enfant confié au service (près de 80%, en excluant les parents sans relations avec le service).

En second lieu, bien que les scores du groupe expérimental soient élevés, il est probable que l’on soit tout de même face à une sous-estimation de la prévalence du TSPT parmi cette population aussi à cause de l’effet du biais de rappel (Moffitt & al., 2010), particulièrement intense pour les événements traumatiques précoces très intenses (Hardt & Rutter, 2004, Depue et al. 2007) qui ne manquent pas chez les parents ayant des enfants confiés.

En effet, nous avons constatés certains écarts (dénis ?) stupéfiants lors de ce travail de recherche, au regard des réponses des parents sur leur vécu, ce qu’ils en disent, et la réalité (judicaire ou administrative) connus par le service au sujet de très graves événements dans leur passé ou dans leur façon de présenter leur pratique parentale. Si des traits psychiatriques pourraient être invoqués chez certains parents présentant ces écarts, notre connaissance des parents du groupe expérimental s’oppose à une généralisation de ce type.

Outre les biais inhérents à la méthode de recueil des données, ces constats renvoient également aux limites des échelles et des questionnaires qui, bien que valides et validés scientifiquement, omettent inévitablement certains aspects subjectifs. Le cadre de cette recherche (menée par un agent du service) et la population cible (ASE) catalysent probablement trop d’enjeux subjectifs contraires à la mise en valeur maximale de la validité scientifique des questionnaires.

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

Il semblerait que la procédure de recueil des données ait induit des biais dommageables dans la mise en œuvre de cette étude. Ce fait nous interpelle : est-ce que la méthode de recueil des données est lacunaire ? Aurait-il fallu mettre en œuvre des méthodes plus précises comme la CAPS ? Ou s’agit-il simplement d’un biais relatif à la confusion entre la place de psychologue membre du service ASE et de meneur de la recherche qui en est à l’origine ?

L’auteur de la validation de l’échelle des pratiques parentales (Brodard & al., 2018) a démontré que les facteurs laxisme et réaction excessive sont corrélés à des comportements problématiques de l’enfant. Ainsi, au-delà des biais de cette recherche, beaucoup de parents ont pu indiquer leurs difficultés dans l’éducation de leurs enfants à travers le questionnaire. De fait, la plupart des résultats de l’étude peuvent être intéressants pour indiquer les principales conséquences chez les enfants des difficultés des parents, ou mieux cibler les besoins des parents dans l’accompagnement de leur enfant.

Quoi qu’il en soit, ce premier travail de recherche appelle des précisions et des méthodes plus rigoureuses pour établir des données fiables concernant cette population très concernée par le psychotraumatisme.

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NOTES DE BAS DE PAGE

[1] Les personnes plus aisées sont moins touchées par des problèmes de santé mentale, et les femmes ont en moyenne davantage de troubles mentaux que les hommes, toutes choses égales par ailleurs (en dehors de ceux dus à l’alcool   ou   aux   drogues   et   des syndromes d’allure psychotique) : Enquête SMPG – Ministère de la Santé et de la protection sociale, Drees, Drass Paca – Asep – CCOMS – EPSM Lille Métropole

[2] Par exemple, des événements traumatiques dans l’enfance sont retrouvés dans 75% des dossiers des auteurs d’infractions à caractères sexuels (Gravier, 2001)

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