FORMATION A L’INTERVENTION IMMEDIATE ET POST IMMEDIATE DANS LES SITUATIONS DE CATASTROPHE EN TUNISIE

 

 

 

Dr Anissa Bouasker, Psychiatre

Référente nationale de l’assistance médico-psychologique de la république tunisienne

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  1. Problématique

Les attentats terroristes font partie des violences organisées pourvoyeuses de troubles psychotraumatiques dont les séquelles psychologiques et sociales peuvent être invalidantes. Des complications dépressives, anxieuses et psychotraumatiques, ainsi que des décompensations de pathologies chroniques peuvent alors se voir.

Les réactions immédiates sont diverses selon la nature de l’événement traumatique et les caractéristiques intrinsèques de l’individu, et peuvent aller dans les cas extrêmes jusqu’à de la détresse psychologique la plus intense ou la dissociation péri-traumatique. Par conséquent, le dépistage et la prise en charge précoce des personnes vulnérables ou à risque au décours des évènements potentiellement traumatique (accidents à blessés multiples, attentats terroristes etc.), permet de gérer, atténuer, voire éviter l’apparition des complications médico-psychologiques et sociales[1].

En Tunisie, l’attentat du Bardo survenu le 18 mars 2015 a été un choc qui a secoué non seulement la population tunisienne mais qui a aussi suscité effroi et condamnation de toute la communauté internationale par sa portée symbolique et profondément traumatisante.

Les évènements catastrophiques qui ont suivi : l’attentat à Sousse le 26 juin 2015, l’attentat Mohamed V le 24 novembre 2015 ainsi que de multiples accidents ferroviaires ont fini de rendre la mise en place d’une structure assurant une coordination efficace entre les soins somatiques et une prise en charge psychologique précoce ainsi que l’élaboration des protocoles d’intervention de crise adaptés à chaque type de catastrophe.

La mobilisation de psychiatres et psychologues pour accompagner les blessés, et les familles des endeuillés à chaque fois sollicités a constitué le noyau de la Cellule d’Assistance Psychologique (CAP) qui a vu le jour deux ans après l’attentat du Bardo (le 20 décembre 2016) par arrêté ministériel.

La publication d’un article sur l’expérience tunisienne en matière de gestion de l’attentat terroriste du Bardo et la participation dans des congrès internationaux a permis de partager l’expérience tunisienne en matière de gestion des victimes du terrorisme et de nouer des relations de partenariat avec deux psychiatres français fondateurs des CUMP[2] (Cellules d’Urgences Médico-Psychologiques) et d’Algérie anciens participants au SAMU psy d’Algérie lors de la décennie noire.

Une formation a été organisée par le ministère de la santé en collaboration avec la société tunisienne de psychiatrie dans le but de standardiser les interventions des psychiatres et psychologues sollicités lors des catastrophes et de coordonner les actions avec le SAMU et les établissements publics. Cette formation organisée les 11, 12 et 13 mai 2017 a regroupé des psychiatres de renommée internationale dans le domaine du psychotraumatologie et de l’intervention d’urgence. (Dr Gérard Lopez et Dr Patrice Louville ex fondateurs des CUMP (France), Dr Hakima Souki psychiatre ex SAMU Psy (Algérie)

  1. La formation a été organisée comme suit :

La première demi-journée du 11 mai 2017 a permis aux participants d’intégrer des notions générales et de se mettre dans le cadre de leur mission :

  • La présentation des différentes structures déclenchées dans des situations de catastrophes comme le SAMU, le Shocroom et la CAP sont une spécificité tunisienne. Notons au passage que nous sommes le deuxième pays après la France à adopter ce système d’intervention organisé par le ministère de la santé pour accompagner les victimes de catastrophe.
  • Deux présentations, l’une par le service de médecine légale, l’autre par un représentant de la police technique, ont complété cette pléiade d’intervenants d’urgence avec des explications concernant les spécificités du travail médico-légal d’identification des victimes lors des catastrophes et l’importance de la collaboration avec la CAP.

Les journées du 12 et du 13 mai ont été entièrement dédiées aux techniques d’intervention psychologique rapide immédiates dans les heures qui suivent un sinistre et post-immédiate (48h à 72h) après, une intervention qui se fait dans les première heures en coordination avec l’équipe du SAMU, relayée après par les structures d’hospitalisation chargées des soins des blessés.

  • Une attention particulière a été accordée à la sensibilisation des intervenants au risque de psychotraumatisme secondaire et à sa prévention. Et une session a été dédiée aux rôles des médias dans les situations de crise et à l’importance de la gestion de ces derniers qui peuvent aussi bien être à l’origine de souffrances supplémentaires pour les victimes, mais utilisées à bon escient peuvent être un allié pour la sensibilisation des victimes aux symptômes psychotraumatiques et à la possibilité d’accéder aux soins psychologiques offerts par la CAP.
  • Deux séances de simulation filmées ont permis la mise en scène d’un scénario d’une situation de catastrophe gérées en jouant des interventions immédiate et post immédiate par l’équipes de psychologue et de psychiatres : Les enregistrements ont été par la suite visualisés par le groupe et commentées par les formateurs.
  1. Bilan de la Formation

A la fin de cette formation, 62 psychiatres et psychologues exerçant dans des établissements de santé publiques du grand Tunis et du nord de la Tunisie (Bizerte, Jendouba, Béjà, le Kef, Siliana) ont pu être familiarisés avec les situations de crise, aux fonctionnements des différentes structures d’intervention (le Shocroom, le SAMU et la CAP) et d’intégrer la stratégie d’intervention de la CAP en immédiat en coordination avec le SAMU et à distance en utilisant les techniques d’intervention psychologiques de groupe.

Cette formation sera suivie de deux autres formations ciblant un groupe de psychiatres et de psychologues du Sahel et du Sud, ainsi que d’une formation spécifique à l’intervention auprès des enfants exposées au psychotraumatisme.

Références

[1] Lopez G, Bouasker A. Le psychotraumatisme, in Lopez G, Traiter les psychotraumatisme, Paris, Dunod, 2016

[2] Louville P. Interventions psychiatriques auprès des victimes de catastrophe ou d’attentat en France. Perspectives Psy, 2006/2 Vol. 45

[3] Jehel L, Ducrocq F. Prise en charge des victimes de catastrophe et d’accident collectif, in Lopez G, Traiter les psychotraumatisme, Paris, Dunod, 2016

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