RESUME DE L’INTERVENTION DE L’ASSOCIATION L’ENFANT D’ABORD AU COLLOQUE DU 30 SEPTEMBRE 2014 A LA SORBONNE SUR LES MEFAITS DE LA GARDE ALTERNEE

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Jacqueline Phélip précise tout d’abord que la résidence alternée, en France, et contrairement aux pays anglo-saxons, est toujours pensée et exigée comme un temps égalitaire ou approchant, que l’enfant doit passer chez chacun de ses parents. Or partager la vie d’un être humain, enfant au cerveau immature de surcroît, en deux parties égales n’a rien de banal ou d’anodin et nécessite des conditions précises, sauf à s’avérer une réelle maltraitance psychique. L’âge de l’enfant est un point crucial : le jeune enfant a besoin, pour un développement sain, de se forger une sécurité interne auprès de l’adulte qui s’occupe essentiellement de lui depuis la naissance, la mère dans la majorité des cas, et cette sécurité interne qui met plus ou moins de temps pour se consolider, joue un rôle crucial dans la régulation du fonctionnement psycho-physiologique de l’enfant; le jeune enfant ne doit donc pas subir de séparations d’avec cet adulte de référence qui dépassent ses capacités cognitives : il doit être soumis à un calendrier résidentiel progressif approprié à son stade de développement cognitif. Une autre condition nécessaire pour la mise en place d’une résidence alternée égalitaire est une entente parentale suffisante qui permette une communication fréquente et fluide afin de coordonner les rituels et habitudes routinières de l’enfant et assurer une cohérence éducative, sans quoi la vie de l’enfant sera clivée au détriment d’un développement psycho-affectif sain. Ces problèmes génèrent l’inquiétude des spécialistes en santé mentale dans tous les pays où cette pratique existe, et nombre d’entre eux (Californie, Suède, Danemark…) reviennent en arrière. Compte tenu de l’explosion des séparations parentales avec des enfants de plus en plus jeunes, il est urgent de traiter cette question, d’autant que des solutions alternatives existent qui protègent l’enfant et chaque fonction parentale.

La notion de  syndrome d’aliénation parentale (SAP) et/ou aliénation parentale (AP) est en vogue aujourd’hui. Or ce concept ne repose encore sur aucune base scientifique que ce soit sur sa nature, son étiologie et plus encore ses critères de diagnostic, et son inclusion dans la nouvelle mouture du DSM 5 a d’ailleurs été refusée. La définition et la description de l’aliénation parentale ont varié au fil des années, au gré de l’opinion de chacun, ou pour des raisons stratégiques de la part de ceux qui veulent imposer ce diagnostic. Gardner, son inventeur, définissait le SAP comme un « lavage de cerveau » d’un enfant pratiqué par sa mère contre son père, processus présent selon lui dans 90 % des litiges de garde d’enfants. Devant la levée de boucliers qu’a provoquée un tel postulat qui ne reposait sur aucune étude, les promoteurs de ce concept ont quelque peu modifié la forme : il n’est plus question de « mères » mais de « parents gardiens », rhétorique qui ne change pas grand-chose, puisque les mères sont les parents gardiens dans la majorité des cas. Puis le « lavage de cerveau » se réduit également à un « dénigrement ». D’autre part, alors que l’aliénation parentale devait être inscrite dans le DSM comme un trouble mental, elle devient aujourd’hui un trouble de la relation. La définition qui est aujourd’hui donnée de l’aliénation parentale est explicitée par le psychiatre Paul Bensussan sur son site :« L’enfant qui s’allie avec un parent et rejette la relation à l’autre sans raison légitime. La notion d’alliance montre que la “faute” du parent favori n’est pas d’avoir manipulé son enfant, mais plutôt de s’accommoder de son attitude, épousant sa souffrance et sa révolte pour entrer avec lui dans une solidarité de naufragés. »Autrement dit, de l’aliénation due à une manipulation du parent gardien on passe à la définition de l’aliénation comme l’accommodation par le parent préféré du rejet de l’enfant de son autre parent. Mais P. Bensussan se garde de définir précisément ce qu’est pour lui une « raison légitime » de refuser ou rejeter un parent, comme il se garde de chercher ou décrire les raisons qui peuvent provoquer « la souffrance et la révolte » de l’enfant. Tous les autres facteurs de refus ou rejet sont en fait évacués. Il y a plusieurs raisons qui amènent un enfant à refuser un parent, mais selon les chercheurs, les deux plus fréquentes parmi toutes tiennent pour l’une aux carences et déficiences parentales du parent refusé, et pour l’autre à la présence d’un très haut conflit parental, où les deux parents se dénigrent mutuellement et où un enfant émotionnellement vulnérable prend le parti d’un parent afin de « survivre ». Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible, en une seule expertise, de faire un diagnostic fiable de la ou des raisons qui amènent un enfant à rejeter un parent. Ce concept sert par ailleurs de déni des violences sexuelles infligées à un enfant.

Jacqueline Phélip

Présidente

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