PREVENTION SECONDAIRE IMMEDIATE DES TSPT PAR L’ARYTHMIE SINUSALE RESPIRATOIRE : UNE ETUDE PRELIMINAIRE.

PREVENTION SECONDAIRE IMMEDIATE DES TSPT PAR L’ARYTHMIE SINUSALE RESPIRATOIRE : UNE ETUDE PRELIMINAIRE.

PREVENTION SECONDAIRE IMMEDIATE DES TSPT PAR L’ARYTHMIE SINUSALE RESPIRATOIRE : UNE ETUDE PRELIMINAIRE.

Résumé : Prévenir les Troubles de Stress Post-Traumatique (TSPT) immédiatement après un événement traumatique est un enjeu important car ils sont fréquents et difficiles à prendre en soins. Le but de cette étude est d’observer si l’activation parasympathique immédiate par l’arythmie sinusale respiratoire (ASR) permet de tempérer l’hyperactivation neurovégétative caractéristique des TSPT et d’en diminuer les symptômes à moyen terme.

Des patients à risque ont été entraînés à l’ASR et l’évolution des symptômes de TSPT a été observée sur une période d’un mois par l’échelle PCL-S. Après un mois, tous les patients ont montré une diminution des symptômes de TSPT et des symptômes d’hyperactivation neurovégétative. En l’absence d’un réel groupe contrôle, aucune conclusion ne peut être tirée quant à l’action préventive de l’ASR, cette étude doit être reconduite sur un échantillon significatif. Cependant, l’ASR pourrait ouvrir le champ de la prévention immédiate en raison de sa facilité d’utilisation.

Immediate secondary prevention of PTSD by respiratory sinusal arrhythmia : a preliminary study

Preventing Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) immediately after a traumatic events is an important issue, as PTSD occurs frequently and is difficult to cure once installed. The aim of this study is to investigate whether the immediate parasympathetic activation by respiratory sinusal arrhythmia (RSA) may reduce the PTSD characteristic hyper arousal and thus, reduce PTSD symptoms.

Putative trauma patients were trained to RSA and the evolution of PTSD symptoms was observed over a one-month period using the PCL-S scale. After one month, all patients show decreased PTSD and hyper arousal symptoms. In the absence of a real control group, no conclusion can be made on the preventive action of RSA, this study need to be reconducted on a larger sample. However, RSA could open the immediate prevention field, due to its ease of use.

* * *

Introduction

Le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) est caractérisé par une triade pathognomonique : reviviscence – évitement – hyperactivation neurovégétative, associée à des comorbidités telles qu’addiction, dépression, risque suicidaire et troubles psychosomatiques. Les difficultés rencontrées dans la prise en soins thérapeutique d’une personne atteinte d’un TSPT installé amènent à examiner la possibilité de mise en place ainsi que l’éventuelle efficacité d’une prévention immédiate la moins risquée possible.

Compte-tenu des caractéristiques physiologiques du TSPT parmi lesquelles l’hyperactivation neurovégétative, une tentative de prévention médicamenteuse précoce des TSPT par le propranolol, un bétabloquant sympatholytique, a été investigué par Vaiva, Ducrocq, Jezequel, Averland, Lestavel, Brunet et al. (2003), montrant que du propranolol administré dans les 12h suivant un événement potentiellement traumatogène réduisait l’intensité des symptômes de TSPT à 3 mois.

Cependant, outre la difficulté d’accès, le propranolol présente, comme toute substance active, des contre-indications et des effets secondaires. Se pose alors la question d’une prévention immédiate qui tempèrerait l’hyperactivation sympathique, par un moyen non-médicamenteux.

Le système nerveux autonome est constitué de deux branches aux actions antagonistes : le système sympathique et le système parasympathique qu’il est possible d’influencer via l’arythmie sinusale respiratoire (ASR). En effet, l’inspiration inhibe temporairement l’influence du système parasympathique grâce à une activité baroréflexe et produit une accélération du rythme cardiaque alors qu’au contraire, l’expiration stimule le système nerveux parasympathique et induit un ralentissement du cœur en agissant sur le nerf vague. L’ASR permet ainsi de moduler la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), une donnée physiologique enregistrable, servant de biomarqueur.

A partir de ces données, des questions peuvent se poser : est-il possible de tempérer immédiatement l’hyperactivation neurovégétative consécutive à une exposition traumatique par la simple activation respiratoire du système parasympathique ? Cette activation parasympathique immédiate est-elle suffisante pour empêcher l’apparition d’un TSPT ?

L’ASR utilisée en prévention primaire permet de modérer l’hyperactivité neurovégétative consécutive à l’exposition à une situation stressante (Lewis, Hourani, Tueller, Kizakevich, Bryant, Weimer et al., 2015). Utilisée en tâche de fond en thérapie sur des troubles installés, l’ASR permet d’observer une diminution des symptômes de TSPT (Zucker, Samuelson, Muench, Greenberg, Gevirtz, 2009).

Aucune étude n’a été menée à ce jour quant à l’impact de l’ASR sur l’hyperactivation neurovégétative consécutive à un événement traumatogène et quant à son influence sur l’éventuel développement d’un TSPT. L’objet de ce travail est d’évaluer la possibilité d’une prévention secondaire immédiate par l’ASR.

Matériels et méthodes

Des sujets confrontés à un événement potentiellement traumatogène et présentant des facteurs de risques péritraumatiques tels que détresse péritraumatique, dissociation et fréquence cardiaque supérieure ou égale à 90 battements par minute ont été sélectionnés dans le service d’accueil des Urgences du Centre Hospitalier de Troyes. Ces sujets francophones, de 20 à 60 ans, ne nécessitant pas de soins médicaux et sans pathologie psychiatrique ont été répartis en deux groupes – test ou contrôle – suivant leur volonté ou non de participer à l’ASR. Les symptômes de TSPT des sujets tests, entraînés immédiatement pendant 5 minutes à une respiration préalablement validée, étaient évalués avec l’échelle PCL-S après 8 jours et 30 jours d’une pratique respiratoire biquotidienne de 10 minutes. L’effet de l’entraînement à l’ASR sur la VFC était monitoré en biofeedback grâce au StressEraser © de Helicon.Inc, validé par la FDA et dont les mesures sont similaires à celles obtenues avec un électrocardiogramme (Heilman, Handelman, Lewis, Porges. 2008). Les symptômes des sujets contrôles, ne souhaitant pas pratiquer l’exercice respiratoire, étaient également évalués avec l’échelle PCL-S à 8 jours et 30 jours post-événement, en l’absence de toute action préventive.

Résultats et discussion

L’échantillon de population recruté pour cette étude est quantitativement faible (n=7, 5 sujets testés, 2 sujets contrôle), non représentative, majoritairement féminin (6/7) avec un âge médian de 39 ans. A 30 jours post-événement, la population participant à l’étude est réduite à 4 (n=4, 3 sujets testés et un seul sujet contrôle) en raison de l’abandon du protocole par trois sujets.

Le premier entretien avec chaque sujet a révélé dans six cas sur sept, la présence d’un trauma antérieur chez les sujets retenus pour l’étude, posant question, à la fois sur la difficulté de recrutement de sujets n’ayant vécu aucune expérience traumatique, et à la fois sur la pertinence de l’utilisation des facteurs de risques péritraumatiques comme base de sélection.

Le monitorage de la VFC avant et pendant l’entraînement respiratoire (figure 1) permet de montrer que l’entraînement à l’ASR a permis de tempérer immédiatement l’hyperactivation neurovégétative chez tous les sujets testés. Des signes d’apaisement neurovégétatif comme teint rosé, traits détendus, mains chaudes et sèches, ont été observés chez ces sujets. Le fait d’avoir éprouvé directement les effets de l’ASR lors de l’entraînement respiratoire semble avoir joué un rôle déterminant dans la motivation des sujets à poursuivre l’exercice respiratoire prescrit pendant les 30 jours demandés.

A 8 jours post-événement, seuls deux sujets sur les sept sélectionnés présentaient un score de PCL-S supérieur à 44, indiquant un possible diagnostic de TSPT. Tous, à l’exception d’un sujet contrôle, présentaient un score supérieur à 34 (seuil le plus discriminant pour une indication de suivi d’après Paul, Pommier de Santi, Marimoutou, Deparis., 2013).

Après 30 jours d’exercices respiratoires, les scores PCL-S ont diminué chez les trois sujets testés, avec une diminution moyenne de 10. Un seul sujet présente encore un score supérieur à 44. Les deux autres scores sont inférieurs à 34, indiquant une possible rémission des symptômes de TSPT à 30 jours. Dans deux cas sur trois il y a une diminution des symptômes de l’hyperactivation neurovégétative (figure 2). Ces résultats sont cohérents avec la sensation de calme, d’apaisement, décrite spontanément par les sujets testés à 30 jours post-événement.

Il est impossible de comparer, dans les conditions de l’étude à 30 jours post-événement, la population des sujets testés (n=3) à la population des sujets contrôles (n=1) car le seul sujet contrôle ne présentait aucun symptôme de TSPT à 8 jours et à 30 jours post-événement. Il est donc impossible de déterminer si l’évolution favorable des symptômes de TSPT observée chez tous les sujets testés relève de la pratique l’exercice respiratoire prescrit ou d’une rémission spontanée qui est observée dans 6 à 92 % des cas selon les études et les populations étudiées (Morina, Wicherts, Lobbrecht, Priebe, 2014 et Steinert, Hofmann, Leichsenring, Kruse, 2015).

En dépit des biais liés au recrutement et à la durée limitée de l’étude, les données obtenues – à savoir une diminution des symptômes de TSPT à 30 jours en parallèle avec la pratique immédiate de l’ASR sur troubles potentiels – sont cohérentes avec les données obtenues en thérapie où la pratique de l’ASR est corrélée avec une diminution des symptômes de TSPT sur troubles installés (Zucker et al. 2009). Elles sont également cohérentes avec les résultats de Lewis et al. 2015 qui ont constaté une modération de l’hyperactivité neurovégétative des militaires utilisant l’ASR en prévention primaire.

Les données préliminaires parcellaires obtenues mériteraient d’être approfondies par une étude sur une large cohorte pour obtenir des données statistiques fiables sur un temps suffisant afin de conclure sur une éventuelle prévention secondaire immédiate des TSPT par l’ASR.

La pratique de l’ASR immédiatement après un événement traumatogène pourrait ouvrir le champ de la prévention immédiate et des interventions précoces. En effet, l’ASR est immédiatement accessible et praticable. En raison de sa facilité de mise en œuvre et de son absence d’effets secondaires, elle pourrait répondre aux critères d’exigence en matière d’applicabilité.

Figure 1 : Variabilité cardiaque monitorée avant et pendant l’entraînement respiratoire à la cohérence cardiaque.

Sujet n° Avant entraînement Pendant l’entraînement
 1  1 png 2
 3  3 4
 4  5  4-2
 6  6-1  6-2
 7  7-1 7-2

Légende :
Les carrés sous chaque pic indiquent un score donné pour la largeur, la régularité et la cohérence des ondes. Trois carrés indiquent un état de cohérence

 

Figure 2 : Variation des sous-échelles de la PCL-S correspondant aux critères B, C et D du DSM-IV entre le jour 8 et le jour 30 post-trauma


Sujet n°
Critère B
reviviscences
Critère C
évitements
Critère D
hyperactivation
neuro-végétative
3 13 à j8 – 9 à j 30- 4 11 à j8 – 9 à j30- 2 16 à j8 – 12 à j30- 4
4 20 à j8 – 17 à j30- 3 18 à j8 – 14 à j30- 4 22 à j8 – 16 à j30- 6
6 12 à j8 – 9 à j30- 3 14 à j8 – 8 à j30- 6 10 à j8 – 11 à j30+ 1


Légende
 :
Pour chaque critère, le sous-total a été effectué à 8 jours (j8) et à 30 jours (j30) post-événement. La différence entre les valeurs obtenues à j8 et à j30, positive ou négative, est notée en gras et indique l’évolution des symptômes correspondants.

HARTER Catherine

Docteur ès Sciences en Neurobiologie des Processus de Communication et d’Intégration,

Université Montpellier 1

Psychopraticienne libérale

35-37 grande rue de la Résistance, 10110 Bar-sur-Seine (France)

Tél : 06 72 75 15 98 Mél : catherineharter.therapie@gmail.com

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Heilman KJ, Handelman M, Lewis G, Porges SW. Accuracy of the StressEraser® in the Detection of Cardiac Rhythms. Appl Psychophysiol Biofeedback. 2008 Jun;33(2):83-9.

Lewis GF, Hourani L, Tueller S, Kizakevich P, Bryant S, Weimer B, Strange L. Relaxation training assisted by heart rate variability biofeedback: Implication for a military predeployment stress inoculation protocol. Psychophysiology. 2015 Sep;52(9):1167-74. Epub 2015 Jun 11.

Morina N, Wicherts JM, Lobbrecht J, Priebe S. Remission from post-traumatic stress disorder in adults: a systematic review and meta-analysis of long term outcome studies. Clin Psychol Rev. 2014 Apr;34(3):249-55.

Paul F, Pommier de Santi V, Marimoutou C, Deparis X. Validation de l’échelle PCLS et d’un auto-questionnaire court dans le cadre du dépistage des états de stress post-traumatiques (ESPT) chez les militaires de retour de mission in « Le Depistage ». La psychiatrie en milieu militaire, Elsevier Masson. 2013. http://www.oscarblog.fr/?p=4235

Steinert C, Hofmann M, Leichsenring F, Kruse J. The course of PTSD in naturalistic long-term studies: High variability of outcomes. A systematic review. Nord J Psychiatry. 2015 Mar 3:1-14.

Vaiva G, Ducrocq F, Jezequel K, Averland B, Lestavel P, Brunet A, Marmar CR. Immediate treatment with propranolol decreases posttraumatic stress disorder two months after trauma. Biol Psychiatry. 2003 Nov 1;54(9):947-9.

Zucker TL, Samuelson KW, Muench F, Greenberg MA, Gevirtz RN. The effects of respiratory sinus arrhythmia biofeedback on heart rate variability and posttraumatic stress disorder symptoms: a pilot study. Appl Psychophysiol Biofeedback. 2009 Jun;34(2):135-43.

 

Un commentaire

  1. merci de ce travail,qui rejoint en efficacité les exercices préconisés par le docteur roger vittoz

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