REMARQUES SUR LES ETUDES CITEES EN FAVEUR DE LA RESIDENCE ALTERNEE AVANT 3 ET 6 ANS

ou comment rouler dans la farine les médias et les politiques

 

Dr Maurice Berger

Pédopsychiatre, ex professeur associé de psychopathologie de l’enfant à l’Université Lyon 2, ancien chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Saint Etienne, membre de plusieurs commissions ministérielles concernant la protection de l’enfance.

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RESUME

Depuis plusieurs années apparaissent régulièrement en France des projets de loi demandant que la résidence alternée égalitaire (50% du temps d’hébergement de l’enfant chez le père et 50% chez la mère) devienne la norme en cas de séparation parentale, en laissant au juge la possibilité de motiver une décision différente. A cette fin, un lobbying intensif met en avant des études en langue anglaise qui prouveraient scientifiquement que la résidence alternée est le meilleur dispositif pour l’enfant en cas de séparation parentale, quel que soit son âge et même en cas de conflit parental important. On peut se poser la question des enjeux personnels qui sous-tendent de telles démarches.

L’article qui suit montre que les données recueillies par les pédopsychiatres et psychologues cliniciens vont à l’encontre de ces affirmations, tant dans les résidences alternées (RA) où il existe un conflit entre les parents que dans les résidences alternées consensuelles : beaucoup d’enfants petits concernés par ce mode de garde présentent des troubles spécifiques fixés que les cliniciens ne parviennent pas à traiter tels qu’angoisse de séparation, insomnie, dépression, sentiment d’insécurité chronique. Ceci a amené 5120 professionnels, dont beaucoup de renommée internationale, à signer une pétition contre la résidence alternée avant 6 ans et contre l’utilisation du concept d’aliénation parentale.

Il est inquiétant de constater que sous l’influence de lobbies très actifs, un rapport de la Commission européenne en 2015 favorable à la RA évite volontairement de citer les importantes recherches qui montrent les risques de ce mode de garde, et contient même des affirmations mensongères assumées.

Aussi afin que les citoyens concernés, les médias, les politiques, et les magistrats puissent avoir une représentation du contenu des différentes études, il est proposé ici un historique et une lecture critique des articles les plus souvent cités, favorables ou défavorables à la RA chez des enfants petits. Si l’étude commandée par le Ministère de la Justice australien (coût 6,25 millions de dollars…) paraît solide, on est frappé par les défauts méthodologiques d’autres recherches dont les conclusions apparaissent par conséquent, non fondées. En particulier l’étude de Fabricius réalisée par voie postale en 2017 pose la question de savoir si on peut évaluer la vie affective d’un individu uniquement en lui envoyant un questionnaire, et s’il s’agit là de « vraie science » puisque c’est présenté comme tel. Il serait donc souhaitable qu’une étude française soit effectuée sous l’égide des Sociétés scientifiques dans ce domaine, incluant une dimension de recherche clinique sous forme d’entretiens avec les enfants et adultes concernés. Des propositions de temps de garde en fonction de l’âge et des besoins des enfants figurent à la fin de cet article.

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INTRODUCTION

A l’occasion de la présentation du projet de loi 307 proposant la résidence alternée égalitaire (RA) à l’Assemblée Nationale en novembre 2017, plusieurs études, en particulier suédoises, ont été citées comme prônant ce mode d’hébergement. Il paraît donc important de les analyser.

Mais il faut prêter attention au point suivant. Il y a plusieurs années a été créé un organisme nommé ICSP (International Council on Shared Parenting) ayant pour but de promouvoir et de généraliser la RA. Plusieurs auteurs des publications citées ci-dessous font partie du Conseil de Direction de cet organisme, tels Bergström et Fabricius. Michel Grangeat, Pr émérite de Sciences de l’éducation (Laboratoire de Recherche sur les Apprentissages en Contexte), est le président de la branche française appelée CIRA (Conseil International sur la Résidence Alternée). Cette association mène une campagne médiatique intensive (radios, internet, journaux) dans de nombreux pays sur le thème « il est maintenant prouvé scientifiquement que la RA est le meilleur dispositif pour l’enfant en cas de séparation parentale, quel que soit son âge et même en cas de conflit parental important », et elle organise à grand bruit des congrès de professionnels « convaincus » (le prochain ayant lieu à Strasbourg en 2018).  Un appel aux dons vient d’être lancé auprès des associations de pères pour financer la traduction de ces articles en français. On ne peut pas faire abstraction, lors de la lecture des articles, de l’appartenance de plusieurs auteurs à ce groupe.

Que fait un lobby lorsqu’il veut imposer ses idées dans différents pays ? Il passe par l’Europe. C’est ainsi que le 10-09-2015 a été présenté à la Direction Générale Education et Culture de la Commission Européenne un rapport rédigé par Françoise Hetto-Gaasch intitulé « Egalité et coresponsabilité parentale : le rôle des pères ». Sa lecture est instructive. Les seules publications citées sont celles en faveur de la RA y compris chez les enfants petits. Il est choquant de constater que l’importante étude australienne de 2010 (cf. infra) qui contredit ce point de vue n’est même pas évoquée. La seule publication citée comme faisant part de réticences chez l’enfant de moins de 4 ans, écrite par Christine Frisch-Desmarez, pédopsychiatre luxembourgeoise, et moi-même (« Garde alternée : les besoins de l’enfant », yapaka.be, 2014), est présentée de manière mensongère : « Je note avec beaucoup d’intérêt que ces critiques n’excluent cependant pas totalement la possibilité d’une résidence alternée », écrit F. Hetto-Gaash, alors que nous avons indiqué exactement le contraire et proposons un calendrier progressif. Face une telle partialité et une telle déformation des données actuelles, j’ai écrit le 15-09-2015 au président de cette commission en demandant à être auditionné, lettre restée sans réponse.

Face à ce combat engagé par ces lobbies pour instaurer la RA égalitaire comme norme, il est important de se rappeler les chiffres du Ministère de la Justice en France publiés le 22 novembre 2013 (rapport Michel Huyette, « La résidence des enfants de parents séparés. De la demande des parents à la décision des juges »). Il y est indiqué que les parents sont d’accord sur la résidence des enfants dans 80% des cas, dans 9% un des parents n’exprime pas de demande, et il existe un désaccord seulement dans 10% des cas. Dans les situations de désaccord, les juges fixent une résidence chez la mère pour 63% des enfants ; chez le père pour 24,4% des enfants, soit 2,4 fois plus de résidence chez le père que dans les situations d’accord entre parents (10%) ; et une résidence alternée dans 12,3% des situations [1]. On constate donc que la demande répétée d’une loi établissant la RA égalitaire comme norme n’émane que d’une très petite minorité de pères insatisfaits (6% au plus contre 4% de mères insatisfaites), ceci au nom de « tous les pères ».

Et puis il faut souligner qu’aucun des auteurs de ces publications récentes pro RA ne fait part d’une pratique de consultation directe avec des enfants, or….

 

I – OR QUE MONTRE LA CLINIQUE ?

1) Les constatations

Il faut dire d’emblée que les conclusions de ces études sont fortement contredites par ce que les cliniciens psychologues et pédopsychiatres observent quotidiennement dans leur pratique depuis l’introduction de la résidence alternée dans la loi de mars 2002 : dans ce contexte de vie, une quantité importante d’enfants de moins de trois ans et même souvent de moins de six ans, présentent des troubles importants qui se caractérisent par :

  • un sentiment d’insécurité, avec apparition d’angoisses d’abandon qui n’existaient pas auparavant, l’enfant ne supportant plus l’éloignement de sa mère et demandant à être en permanence avec elle, symptômes majorés le soir, moment où l’enfant petit a le plus besoin de se sentir sécurisé ;
  • un sentiment dépressif avec un regard vide pendant plusieurs heures, et parfois un état de confusion, de non reconnaissance des lieux au retour chez la mère ;
  • des troubles du sommeil, de l’eczéma ;
  • de l’agressivité, en particulier à l’égard de la mère considérée comme responsable de la séparation ;
  • une perte de confiance dans les adultes, en particulier dans le père, dont la vision déclenche une réaction de refus, etc. ;
  • chez certains enfants plus grands, un refus de se soumettre à la moindre contrainte (scolaire ou familiale) venant de l’extérieur ;
  • la fixité de ces troubles qui ne sont pas améliorés par un abord thérapeutique tant que persiste ce mode de garde. [2]

2) Et dans les résidences alternées consensuelles ?

En 2009, E. Izard, pédopsychiatre [3], publie une étude jamais citée par les « partisans » de la résidence alternée, qui portait sur 18 enfants reçus en psychothérapie à l’époque de sa publication et sur 50 actuellement. Ce travail présente l’énorme intérêt de concerner des enfants vivant en résidence alternée consensuelle, c’est-à-dire décidée sans conflit entre père et mère, et suivis en psychothérapie par l’auteur. Cette étude qui inclut aussi  des entretiens répétés avec les parents, porte sur des enfants âgés de 3 à 17 ans qui présentent des troubles apparus après le début de la résidence alternée. Ce sont principalement :

  • une souffrance dépressive et un sentiment extrême de solitude : « J’ai un cœur pour papa et un cœur pour maman, et pas de cœur pour moi »
  • une angoisse de perte des personnes et des lieux, avec des angoisses lors des moments de départ, de sortie, des rituels obsessionnels de vérification qu’aucun objet ne change de place. Il s’agit d’un syndrome traumatique lié à la répétition des pertes : « J’aime l’eau car seule l’eau ne change pas ».
  • le sentiment d’être nié dans ses émotions par les parents : « Tout le monde se fout de ce que je ressens », qui a comme conséquence progressive un gel de ces émotions : « Ce n’est pas grave si maman me laisse partir, si elle ne m’aime pas ». « J’évite de m’attacher à mes parents ». Ceci peut s’accompagner d’une atteinte de l’estime de soi et d’agressivité
  • un clivage, certains enfants pouvant se représenter comme coupés en deux dans leurs dessins

Izard utilise le terme de « clinique de l’enfant parfait » car ces enfants ne montrent pas leur souffrance à leurs parents qui sont satisfaits de cet aménagement du mode de garde, afin de ne pas les décevoir. L’intérêt de cette clinique est de montrer que certains troubles sont liés uniquement à la discontinuité due à la résidence alternée puisqu’il n’y a pas de conflictualité parentale dans ces situations. Et l’auteur constate que ces troubles ne disparaissent que lorsque les parents renoncent à la résidence alternée [4].

3) La pétition de 2014

L’ensemble de ces constatations cliniques, véritable problème de santé publique, ont été considérés comme suffisamment graves pour que 5120 professionnels de l’enfance signent une pétition en janvier 2014 demandant qu’aucune décision de résidence alternée ne soit imposée judiciairement avant l’âge de six ans. Une pétition de plus, dira-t-on. Oui, mais celle-ci n’a été signée que par des professionnels, elle se situe au-dessus des opinions politiques de chacun et des mouvements émotionnels, et parmi ses signataires figurent des grands noms de la pédopsychiatrie et de la psychologie française : les Pr Golse, Guédeney, Delion, Myquel, Roussillon, Ciccone, De Tichey, Missonnier Mellier, Mercader, Brun, Carton, Houssier, Viaux ; un nombre important de Maîtres de conférence en psychologie et de pédopsychiatres eux aussi reconnus pour leurs travaux, dont M. Salmona et E. Bonneville; et F. Dekeuwer-Defossez, Professeure émérite de droit privé, auteure d’un rapport demandé par S.Royal pour l’élaboration de la loi de 2002. Et Elisabeth Martin-Lebrun, pédiatre co-signataire avec G.Poussin d’un livre sur la RA. Donc toutes ces personnes, qui n’ont pas l’habitude de prendre des positions sans réflexion préalable, se seraient trompées en demandant que soit appliqué un principe de précaution et de protection ?

Il est donc nécessaire de reprendre l’historique de l’ensemble des travaux sur ce sujet, car il explique en grande partie la prolifération actuelle des études récemment citées[5]. Et il est intéressant d’évoquer d’abord brièvement la première étude mondiale.

 

II – LA PREMIERE ETUDE MONDIALE

Elle fut réalisée par Solomon et George (USA), spécialistes de l’attachement réputées, et fit l’objet de 3 publications en 1999.

  • 145 enfants âgés de 12 à 20 mois puis revus entre l’âge de 24 à 30 mois.
  • Comparaison entre trois groupes : parents non séparés (groupe 1), parents séparés sans nuit de l’enfant chez le père (groupe 2), parents séparés avec nuit chez le père (groupe 3).
  • L’étude comprend l’échelle CTS (Straus Conflict Tactics Scale, avec 18 niveaux de conflit depuis “possibilité de terminer la discussion calmement” jusqu’à “utiliser une arme”) permettant d’évaluer le niveau de conflictualité parentale.
  • But : évaluer les effets de nuits passées chez le parent qui n’a pas d’hébergement principal (“overnight visitation”). Cette étude n’est donc pas centrée directement sur l’impact de la résidence alternée. Ses résultats sont les suivants :

1) Entre 12 et 20 mois

Statistiquement, le groupe 3 va plus mal et manifeste plus de signes d’attachement insécure désorganisé/désorienté, qui signifient qu’un enfant est angoissé parce qu’il n’a pas à sa disposition un adulte stable capable de le rassurer lorsqu’il est inquiet. Il s’agit là d’un besoin vital pour le développement affectif d’un enfant (Guédeney N., 2011).

  • Groupe 1 =>   35 %
  • Groupe 2 =>   43 %
  • Groupe 3 =>   66 %

Les symptômes de cette forme d’attachement insécure sont :

  • des moments d’hypervigilance, d’agrippement, d’agressivité pendant des jours ou des semaines
  • une hypersensibilité à toute séparation potentielle ou réelle avec la mère avec des signes d’angoisse majeurs
  • des nourrissons qui ne vont bien ni au moment des séparations ni au moment des retrouvailles et qui ne considèrent pas que leurs parents soient capables de les aider dans ces circonstances (c’est qu’on appelle un attachement désorganisé-désorienté)
  • les chiffres sont plus mauvais en cas de conflit parental associé

On constat qu’il s’agit des mêmes symptômes que ceux décrits plus haut par les cliniciens.

2) Enfants revus entre 24 et 30 mois

L’évaluation porte en plus sur la fréquence des ruptures brutales dans les activités proposées (petits « problèmes » à résoudre) qui permettent d’évaluer la capacité d’explorer et la continuité de la pensée. Cet item est intéressant car on sait qu’un enfant a besoin d’un attachement sécure, d’une base de sécurité, pour pouvoir activer les comportements d’exploration de son environnement.

  • Groupe 1 et 2   => 27 %
  • Groupe 3           => 51 %

3) Conclusions des auteurs

  • Ces résultats sont probablement en lien avec l’angoisse fréquente au moment de la séparation le soir chez l’enfant petit ; avec la difficulté pour un nourrisson de garder de manière durable dans son psychisme l’image du parent qui a l’hébergement principal ; et avec le besoin de continuité.
  • La ou les nuits passées chez le père n’apportent pas d’avantages concernant la qualité de la relation père/nourrisson.
  • La conflictualité entre les parents paraît être un facteur important d’insécurité pour l’enfant
  • “Les tribunaux ont à accepter que le divorce crée, au moins temporairement, une situation dans laquelle le meilleur intérêt du petit enfant n’est pas synonyme d’équité pour les deux parents”

 

III – LE COUP DE TONNERRE : L’ETUDE AUSTRALIENNE DE McINTOSH, SMITH, et KELAHER (2010)

1) Les deux temps de la recherche australienne 

Une attention particulière doit être accordée aux recherches australiennes, lesquelles, de par leur ampleur et leur rigueur, sont considérées comme les plus avancées au niveau international. Pourquoi l’Australie ? Ceci est lié à deux facteurs. Tout d’abord, les séparations de couple après un an de vie commune sont fréquentes dans ce pays immense, avec comme conséquence des nourrissons et des enfants petits qui font des heures d’avion pour aller du domicile d’un parent à celui d’un autre lorsqu’un parent change de lieu d’habitation. Mais surtout, le Ministère de la Famille est considéré comme un des Ministères les plus importants, au même titre que les Ministères de la Justice ou de la Défense, quels que soient les gouvernements.

Dans un premier temps, après le vote de la loi légalisant la résidence alternée en 2006, 6 études, décrites par Smyth (2009), sont réalisées, qui aboutissent, entre autres, aux constatations suivantes : il y a plus de résidence alternée dans les situations de fort conflit parental que dans la population générale. C’est sur l’enjeu du « temps » que se focalisent le conflit et les considérations financières. Le risque est de croire que les problèmes seront réglés par une répartition symétrique de la garde. Deux groupes de situations sont à risque : le jeune âge et le fort confit parental, donc il est nécessaire affiner les recherches dans ces deux contextes

En conséquence, le Ministère de la Justice australien demande que des études plus précises soient réalisées à la recherche de critères qui puissent aider les professionnels à reconnaître le mode de garde le plus adapté à l’âge de l’enfant et les familles les plus prêtes à une résidence alternée. Dans un deuxième temps débute alors une nouvelle génération d’études “sans parti pris pour ou contre la résidence alternée”. Un financement de 6,3 millions de dollars est attribué pour évaluer les effets de ce mode d’hébergement, ce qui souligne la préoccupation d’une société concernant ses enfants. L’étude de McIntosh et coll. débute alors. Quel autre Etat serait prêt à mettre une telle somme dans une telle recherche ?

2) Le deuxième temps : l’étude de McIntosh, Smyth, Kelaher (2010)

Il s’agit de l’étude la plus importante au monde : 2059 enfants, 167 pages. La méthodologie est impressionnante [6].

2-1) 3 groupes d’âge :

  • < 2 ans : 258 enfants
  • 2 à 4 ans : 509 enfants
  • 4 à 5 ans : 1292 enfants

2-2) Dans chaque groupe d’âge

 sous-groupes sont étudiés selon les modes d’hébergement

  • Famille « intacte »
  • Hébergement principal chez un parent :
  • Résidence alternée = 35 % ou + de nuits à l’extérieur (5 nuits ou plus par quinzaine)
  • Rares nuits à l’extérieur = moins d’une fois par mois ou entre une fois par mois et une fois par an

Mais pour les enfants de moins de 2 ans, étant donné leur sensibilité particulière, et pour pouvoir comparer avec l’étude de Solomon et George, on a qualifié de résidence alternée les situations où un nourrisson passe une nuit par semaine ou plus chez l’autre parent

2-3) Dans chacun de ces groupes, plusieurs items sont étudiés (vigilance au sens de maintien fréquent du contact visuel avec la figure d’attachement, hyperactivité, troubles affectifs, problèmes de sommeil, asthme), en fonction :

  • du mode de garde
  • du mode de garde + la qualité du parentage (« disponibilité émotionnelle », style chaleureux, hostile, échelle de communication, évaluée par l’échelle CSBS : Communication and Symbolic Behaviour Scales)
  • du mode de garde + la qualité du parentage + la qualité de la relation entre les parents (Parental Conflict Scale : fréquence des désaccords, discussion avec l’autre parent pour avis, etc.)
  • du mode de garde + la qualité du parentage + l’échelle de conflit + les caractéristiques socio-économiques des parents (métier, éducation, distance entre le domicile des parents, etc.)

Ceci permet de définir par comparaison les troubles liés au mode de garde en lui-même.

2-4) Principaux résultats

Pour les enfants de moins de 2 ans

La résidence alternée a un effet indépendant des autres facteurs sur la présence et la fréquence de :

  • troubles du sommeil
  • pleurs dès que l’enfant est laissé seul pour jouer
  • pleurs continus, inconsolables pendant de longues minutes
  • hypervigilance et demande de maintien de contact à proximité
  • asthme plus fréquent
  • les enfants en hébergement principal ont le meilleur score pour de tels troubles
  • il n’y a pas d’incidence sur le développement psychomoteur global. Seule la sphère affective est touchée

Pour les enfants âgés de 2-3 ans

Dans le groupe des enfants en résidence alternée, on observe :

  • Un plus bas niveau de persévérance dans la pensée et les activités, évalué par :
  • la capacité de jouer de manière continue
  • d’examiner les objets
  • de reprendre une activité après son interruption
  • Il s’agit de signes précurseurs de l’hyperactivité avec troubles attentionnels décrite plus loin). Sur une échelle de persévérance allant de 3,7 à 4,4, le score est de 4,3 pour le groupe 1 ; 4,1 pour le groupe 2 ; et 3,9 pour le groupe 3.
  • Remarque : beaucoup de pédopsychiatres remarquent que de plus en plus d’enfants présentent une hyperactivité avec troubles attentionnels. Les recherches présentées ici permettent d’émettre l’hypothèse que l’augmentation du nombre de séparations parentales, donc de la discontinuité au niveau des adultes de référence et du cadre de vie, constitue peut-être un facteur qui entre en jeu. Ceci évoque ce qu’a indiqué Winnicott en 1962, à savoir que l’hyperkinésie et le trouble attentionnel peuvent dans certains cas être liés à une rupture répétée de la continuité du sentiment d’exister.

 Pour les enfants âgés de 4-5 ans

C’est l’impact du conflit parental et le manque de chaleur dans les soins qui priment sur l’impact du mode d’hébergement, en particulier concernant les capacités d’autorégulation de l’enfant (être capable de se calmer). A noter que la méthode de recherche de McIntosh ne lui permet pas de repérer l’effet des pertes répétées à cet âge (cf. étude de E. Izard).

Le trouble attentionnel est à un niveau 0,6 (en score mesuré de 0 à 4) pour un enfant élevé dans une famille “intacte” (groupe 1) ; de 1 en hébergement principal (groupe 2) ; et de 3,5 en résidence alternée 35/65. Pour l’hyperkinésie, les chiffres sont de 2,4 (groupe 1) ; 2,8 (groupe 2) ; 3,5 (groupe 3).

Il est à noter que l’étude de McIntosh ne montre pas que 100 % des enfants en RA vont mal, quel que soit leur âge, mais qu’un bon nombre ne la supporte pas, et on sait que pour ceux-là, dans la pratique, la décision judiciaire est le plus souvent irréversible[7].

2-5) Conclusions générales

2-5-1) Des précautions sont nécessaires pour les enfants de moins de 5 ans car les droits d’hébergement concernant la nuit peuvent perturber gravement le développement du jeune enfant.

  1. a) Pas de nuits régulières hors du lieu d’hébergement principal avant 2 ans. Pour envisager une séparation nocturne régulière, il faut attendre que l’enfant soit capable de :
  • comprendre ce qu’on lui dit
  • pouvoir anticiper et comprendre ce que « demain » veut dire
  • pouvoir exprimer verbalement ses besoins

Ces conditions ne sont souvent réunies qu’à l’âge de trois ans.

–   et il faut qu’il existe une communication fluide entre les parents

  1. b) Contacts fréquents et signifiants mais progressifs avec l’autre parent.
  2. c) Le conflit entre les parents a un aspect nocif.

Ces recommandations sont précisées de manière détaillée dans le calendrier aménagé de Brazelton (voir en annexe) et les recommandations cliniques de la branche française de la WAIMH (Déclaration de la WAIMH francophone sur la résidence alternée, site internet “WAIMH francophone”).

2-5-2) Les enfants en résidence alternée rigide sont de plus en plus insatisfaits au fil du temps.

2-5-3) Suite à la mise en place d’une résidence alternée, les problèmes affectifs qui persistent le plus sont les difficultés de concentration qui demeurent constantes chez les enfants en résidence alternée alors qu’elles diminuent au fil du temps dans les autres groupes. Et les enfants dans les dispositifs longtemps rigides montrent plus de symptômes internalisés (angoisse, dépression, inhibition) que les enfants dans les arrangements flexibles de toute sortes.

2-5-4) Surprise : « La fréquence des contacts n’est pas corrélée avec un meilleur accordage entre l’enfant et son père. C’est la qualité de la relation entre le père et l’enfant qui prime sur la quantité”.

2-5-5) Contrairement à ce qui est souvent avancé, 4 études de 3 pays montrent qu’un contact plus fréquent avec le père n’est pas associé avec une meilleure santé mentale de l’enfant.

Enfin aucune étude ne permet d’indiquer que la résidence alternée pourrait prévenir l’absence du père.

2-5-6) Les enfants capturés par un conflit interparental ouvert ne bénéficient pas de la résidence alternée. Et les études australiennes constatent des violences conjugales judiciairement définies de la part des pères dans 34 % des cas dans l’année d’étude.

2-5-7) Les caractéristiques qui permettent de prédire un bon arrangement parental partagé, avec une meilleure satisfaction de l’enfant sont :

  • la flexibilité (non chaotique).
  • une bonne base de coopération entre les parents avant la séparation (+++)
  • un arrangement centré sur l’enfant et pas sur l’adulte
  • une distance géographique faible entre les domiciles des parents[8]

3) Un déchainement des critiques

Cette étude a fait l’effet d’une bombe dans le monde des associations de pères et des prosélytes de la RA dès le plus jeune âge (en particulier pour soi-disant prévenir l’apparition d’un Syndrome d’Aliénation Parentale, concept refusé par la communauté scientifique internationale). Il fallait donc démontrer son absence de validité. Malgré l’exceptionnelle rigueur méthodologique de cette étude, on s’est donc mis à l’examiner mot après mot en cherchant le défaut de la cuirasse et en négligeant pour cela l’essentiel de ce qu’elle apportait. Sa valeur est donc constamment sous-estimée dans les études qui suivent, et qui ont été publiées en partie pour la contrer.

 

IV – LES ETUDES RECEMMENT CITEES EN FAVEUR DE LA RESIDENCE ALTERNEE CHEZ L’ENFANT PETIT

En italiques, mes remarques personnelles

Il faut rappeler ici la différence entre deux termes qui reviennent constamment dans les publications. Joint Custody (JC) signifie autorité parentale partagée. Joint Physical Custody (JPC) signifie résidence alternée, mais ce terme est utilisé hors de France dès que la répartition du temps entre les parents est de 30/70 ou 35/75 %, ce qui n’a pas les mêmes conséquences psychiques que 50/50 %.

BERGTRÖM Main (Suède, 2016)

Il est intéressant de détailler certains points de cet article souvent cité pour prôner la RA, car une telle analyse est paradigmatique de ce qu’une lecture attentive permet de déceler comme défauts peu apparents si on s’en tient aux abstracts.

Cette étude débute en indiquant que le Danemark fait partie des pays où la RA est particulièrement habituelle, à partir d’une publication de 2012. Or en février 2012, le parlement danois a voté une loi interdisant que soit imposé le 50/50 % par défaut pour les couples mariés qui divorcent, les députés ayant affirmé que « la loi nouvelle va mettre davantage l’accent sur les droits des enfants plutôt que sur ceux des parents ». De plus, Bergström cite simplement en référence [5] un travail danois (Ottosen et coll., 2012) sans évoquer son contenu. Or ces auteurs danois du SFI (The Danish National Center for Social Research) indiquent que « la RA 50/50 ne peut fonctionner dans l’intérêt de l’enfant que s’il existe un haut niveau de coopération parentale, un échange d’informations, des discussions entre les parents concernant le bien-être de l’enfant, une flexibilité et une générosité parentale (…) Si un tel arrangement est fondé sur un conflit parental ou des parents qui réclament « leur part égale » comme dans le jugement de Salomon, cet arrangement peut ne pas être dans l’intérêt de l’enfant »[9]. Il est problématique que Bergstöm n’ai pas cité dans son article ces conclusions opposées aux siennes et dont elle avait connaissance.

Bergsrtöm souligne que parmi les critères utilisés par McIntosh et Smyth (2010) pendant la première année de la vie, il y a la fréquence de l’asthme, critère non validé (critique fondée, mais ce n’est qu’un des nombreux critères utilisés par McIntosch et coll. dont nous constaterons ci-dessous qu’ils sont par ailleurs plus pertinents que ceux de Bergström). Bergström insiste sur le fait qu’il y a peu d’études sur la RA 50/50 chez les enfants d’âge préscolaire.

Sa recherche compare 3656 enfants âgés de 3 à 5 ans répartis en 4 groupes :

  • familles intactes 92,1%
  • RA 50/50 (3,7% soit 136 enfants)
  • enfant vivant principalement (mostly) avec un parent (2,2%). A aucun moment, dans l’article dont je dispose, n’est indiqué à quel pourcentage correspond « mostly », terme qui revient en permanence. Ceci est un élément important de faiblesse dans cette étude comparative. J’ai le souvenir de ma rencontre avec Bruce Smyth, collaborateur de McIntosh, avant le congrès mondial sur ces situations à Londres vers 2013, car il y a une association scientifique mondiale (il n’y avait à ma connaissance aucun français à ce congrès). Il m’avait montré un planning « panoramique » portant sur un mois avec une description exacte du nombre de nuits selon les études et les effets observés.
  • enfant vivant exclusivement avec un seul parent (2%)

Questionnaire utilisé : SDQ (troubles émotionnels, troubles des conduites, THADA, problème de relation avec les pairs) envoyé aux 2 parents, et à l’enseignant, ce qui est souligné comme étant une force de l’étude.

Résultats : SDQ rempli par les parents. Résultat : les enfants qui vont le mieux sont ceux qui vivent en famille intacte et en RA 50/50. SDQ rempli par les enseignants : les enfants en famille intacte vont mieux que ceux en RA, mais ceci ne serait pas statistiquement significatif (question clinique : l’enfant se permet-il plus de montrer sa souffrance hors de la famille, auprès des enseignants, cf. syndrome de l’enfant parfait décrit dans ce contexte par E. Izard ?).

 Discussion par Bergström:

Question de l’auteur : le fait que les enfants aillent aussi bien en RA 50/50 qu’en famille intacte est-il lié au fait que les parents sont tous les deux investis auprès de leur enfant ? L’auteur indique d’emblée une limite importante : dans son étude, elle n’a pas accès au niveau de conflit entre les parents ni à leur capacité de « co-parentage ». Son hypothèse est que pour les enfants vivant « mostly » chez un parent, il y avait plus de conflit entre les parents avant la séparation.

Limitations décrites par l’auteur

  • il est possible qu’il y ait eu une sélection positive des parents concernés par l’étude qui pratiquaient la RA 50/50 et une sélection négative lorsqu’il y a un hébergement principal. Et un biais de sélection concernant les pères qui ont accepté les conséquences de l’évaluation dans l’étude. Remarque personnelle : dans l’étude de Solomon et George, 32% des parents contactés avaient refusé de participer à l’étude (besoin de protéger son intimité ? Méfiance ? S’agit-il du noyau « dur » le plus conflictuel ?).
  • aucune information sur la santé mentale des parents avant et après la séparation
  • nombre d’enfants en JPC limités, ce qui empêche d’étudier les sous items du SDQ
  • pas d’accès au climat émotionnel parent-enfant qui pourrait expliquer les troubles internalisés et externalisés.

Conclusion

« L’étude ne permet pas de déterminer si les différences trouvées sont dues à des facteurs datant d’avant la séparation. JPC ne peut pas être associée en soi à plus de troubles psychologiques. Des études longitudinales ultérieures sont nécessaires pour donner des informations aux politiques et aux familles ».

Remarques personnelles : les personnes qui citent cette étude comme favorable à la RA n’indiquent presque jamais les limites que l’auteur reconnait à sa recherche. En particulier, il n’y a pas d’échelle de conflit parental. Et on ne sait pas si dans l’étude, il y a eu des RA imposées judiciairement (ça ne semble pas être le cas ?). Or les situations qui posent le plus problème en France sont celles dans lesquelles les parents s’opposent fortement, pour diverses raisons, sur le droit de visite et d’hébergement (DVH).

Mais il faut ajouter d’autres problèmes méthodologiques. Il est évident qu’une étude concernant la RA 50/50 chez des enfants âgés de 0 à 4 ans doit évaluer si les enfants concernés présentent des troubles de l’attachement. Or le SDQ est beaucoup trop imprécis pour repérer de tels troubles. Et en 2010, McIntosch avait précisé avoir exclu de son étude l’utilisation du SDQ avec les parents car cet outil introduisait des biais de genre, d’autres études ayant montré le manque de congruence entre les pères et les mères avec l’utilisation de cet outil, et ne l’avoir utilisé qu’auprès des enseignants éventuels.

Les items utilisés par McIntosch en particulier le BITSEA sont nettement plus précis à ce niveau. Et pour l’évaluation de la relation parent-enfant, McIntosch a sélectionné 3 items du CSBS spécifiques d’un attachement insécure, éléments recueillis lors de visites à domicile, ainsi qu’auprès des personnes qui s’occupent de l’enfant en dehors de son domicile, et des enseignants. De plus, l’étude de McIntosh comprend une échelle d’évaluation du niveau de conflit parental (Parental conflict scale).

Enfin Bergström précise que dans son étude, le parent (de l’ex couple) ayant fait les réponses les plus complètes a été sélectionné, donc un parent sur deux ; et quand les deux parents avaient des réponses aussi complètes, un des deux parents a été sélectionné par tirage au sort. Or ce sont des pères qui ont fourni une large majorité des réponses, biais qui ainsi n’a pas pu être gommé. Quand on connait le militantisme de nombreux pères qui réclament une RA 50/50, on peut imaginer que ces pères-là ne vont pas indiquer les troubles de leur enfant.

NIELSEN Linda (USA, 2010)

L’auteur est Professeur d’Education. Dans ses notices bibliographiques, il n’y a pas d’élément permettant de savoir si elle a une activité directe auprès d’enfants.

Il s’agit d’une recension des travaux existants sur la RA, à partir du moment où l’enfant passe au moins 1/3 du temps chez un parent. Problème : cet article ne cite pas l’énorme étude de McIntosh et Smyth, mais seulement une autre étude de ces auteurs d’ampleur beaucoup moins importante. Nielsen cite aussi un référendum de la Coalition paternelle » ( ?) de 2004 indiquant que les enfants devraient être à temps égal chez leurs 2 parents. Elle précise d’emblée que sa recension n’inclut pas les études basées sur les 10 à 15% de parents en fort conflit.

Autre problème, l’auteur cite l’article de Carole Smart de 2001, mais pas celui de 2004 qui est beaucoup plus nuancé sur ce qu’éprouvent les adolescents en JPC (cf. mauriceberger.net).

Remarque: cet article, qui n’est pas une recherche, contient de telles lacunes qu’il est difficilement utilisable.

NIELSEN Linda (USA, 2017)

Ce long article se présente comme une analyse de l’ensemble des travaux portant sur la question : « un conflit entre les parents doit-il contre indiquer une résidence alternée ? », à partir de l’analyse de 137 références bibliographiques, et sans appui sur une expérience clinique personnelle. L’auteur affirme que cette affirmation est une croyance transmise de publications en publications sans être remise en cause, et qu’un examen des études actuelles montre son inexactitude. La recension proposée contient donc des informations importantes, en particulier concernant la comparaison entre les enfants en JPC et ceux en SPC (Sole Physical Custody = hébergement principal).

-L’auteur précise d’emblée que sa recherche porte sur les JPC 35/65% ou plus. La répartition ne sera pas précisée dans tous les articles cités. Il faut souligner qu’à la différence de beaucoup d’autres pays, en France la RA est toujours pensée et exigée comme un temps strictement égalitaire. Or ma pratique clinique, et je reviendrai sur cette dimension d’expérience de terrain, montre qu’un certain nombre de pères qui sont fixés sur le 50/50 avec comme principal argument « c’est mon droit », et qui refusent tout soin pour leur enfant s’il présente des difficultés psychiques par la suite, peuvent avoir un fonctionnement psychique problématique. En partant des motivations des pères, comparer le fonctionnement psychique des pères qui sont d’accord pour 30/70 ou 35/65 avec ceux qui ne veulent que le 50/50 serait indispensable pour comprendre les processus en jeu.

-L’auteur indique à plusieurs reprises qu’elle élimine de sa recension les 10 à 15 % de situations de violences conjugales physiques, tout en indiquant qu’il existe selon elle deux sortes de violences conjugales. Celles qui surviennent dans un moment de colère pendant la période de séparation et qui ne se reproduisent que rarement après la séparation, n’auraient pas de conséquences sur le devenir de l’enfant. Et celles, les plus rares (« most uncommon ») qui comprennent une emprise, du terrorisme, des coups répétés, et qu’elle considère comme « liées à des troubles psychologiques et/ou à la prise de drogues », sont donc exclues du présent travail. Cette exclusion claire du champ de cette recension est importante car elle concerne des situations très problématiques. Rappelons que McIntosh a trouvé 34% de violences conjugales prouvées judiciairement dans sa recherche en 2010 chez les pères ayant obtenu une RA. Dans ma pratique personnelle, sur 300 dossiers, les mères m’ont fait part dans 40% des cas de violences subies avant la décision de séparation, en précisant qu’elles n’en avaient souvent pas parlé au juge des affaires familiales pour diverses raisons, dont le chantage ou la crainte de représailles de la part du père. Certaines-mêmes n’en parlent pas sur les conseils de leur avocat car elles risqueraient d’être soupçonnées de mentir pour évincer le père. On peut aussi remarquer, lorsqu’on est sur le terrain, qu’un certain nombre de décisions de la justice familiale française ne tiennent pas compte des violences conjugales répétés avérées. Nous avons la chance, grâce à l’association L’enfant d’abord, d’avoir une assez bonne représentation des décisions de gardes problématiques, par le recueil de nombreux témoignages (950) qui concernent aussi le fonctionnement judiciaire, sans parti pris pour ou contre les pères ou les mères. Par ailleurs, on peut se poser la question de l’impact de l’exposition aux scènes de violence conjugales chez les enfants petits, même si elles ne durent « que » pendant la période de séparation du couple. La recherche de Miri Keren, ancienne présidente de la WAIMH (Association de santé mentale du nourrisson) et la recension des travaux qu’elle a faite (Montréal, 2005), montrent les traces indélébiles que peut laisser cette exposition dès l’âge de 6 mois, ce que je retrouve aussi dans ma pratique actuelle auprès d’adolescents violents en Centre Educatif Renforcé.

L’âge des mineurs concernés par les études, et surtout l’âge de la mise en place de la JPC, n’est pas toujours précisé, ce qui change l’impact de ce mode de garde sur le développement de l’enfant. Ainsi lorsque des études concernant les adolescents sont citées, l’absence d’âge concernant le début de la JPC gêne la compréhension des processus car la capacité de comprendre une situation et de tolérer l’absence d’un parent n’est pas la même à 18 mois et à 14 ans.

-L’auteur souligne que certaines études utilisent des échelles standardisées de conflit et d’évaluation de la relation de coparentalité, et que d’autres ont créé leurs propres échelles. Cette remarque est importante étant donné que le mot « conflit » revient en permanence puisque c’est l’objet de l’article. Cette difficulté méthodologique concernant les recherches en psychopathologie de l’enfant est générale, et en l’absence d’outils homogènes définis, une étude peut être critiquée à tort ou à raison.

-Les conclusions de plusieurs études sont que le conflit entre les parents n’a pas d’impact sur le bien-être de l’enfant, et qu’il n’y a pas de différence entre JPC et SPC pour ce bien-être. Le plus important pour ce bien-être est le fait qu’il y ait une bonne relation entre l’enfant et chacun de ses parents.

Quelques points soulignés dans ce long article au fil des différentes études :

  • Page 213, il existe une différence entre filles et garçons, mais dans les 2 sens. En cas de père antisocial, les garçons ont plus de problèmes antisociaux lorsqu’ils voient leur père toutes les semaines que lorsqu’ils le voient moins souvent, mais aucun impact sur les filles. Peu de lien entre les problèmes internalisés chez enfant et le fait qu’il soit effrayé par le conflit parental, et ce lien disparaît chez la fille âgée de moins de 10 ans.
  • 215 Réduire le temps de présence d’un enfant affaiblit son lien avec un parent mais ne diminue pas l’intensité du conflit.
  • 4 ans après que les parents se sont séparés, 45 adolescents en JPC considèrent que le conflit parental est devenu plus élevé, ce qui n’est pas le cas pour 44 adolescents en SPC. Mais ces adolescents en JPC ne sont pas plus stressés par ce conflit que ceux en SPC.
  • 216 : les filles sont plus prises dans le conflit parental que les garçons et ont plus de problèmes.
  • JPC permet à un parent de se détendre et de récupérer lorsqu’il n’a pas la garde de l’enfant. Et il faut intégrer la résilience de l’enfant et son tempérament dans les conséquences du DVH. Et évaluer si l’enfant est affecté par la détresse du parent. Là il y a un problème car Bernet est cité concernant cet item du DSM5 sans rien dire d’autre sur le fait que les propositions initiales de Bernet ont été refusées par le comité scientifique du DSM5 car il tentait d’introduire ainsi les termes de Syndrome d’aliénation parentale, refusé par la communauté scientifique par des centaines de professionnels américains vu l’absence de fondements scientifiques concernant ce concept.
  • 217 : « la violence entre les parents ne doit pas interférer avec les décisions de garde ».
  • 218 : les parents en SPC n’ont pas moins de conflit qu’en JPC. Mais cela dépend des études citées, qui sont alignées sans chercher pourquoi il y a une différence de résultat entre elles.
  • Un quart des relations correctes entre parents deviennent agressives 4 ans plus tard, ce qu’on peut attribuer à des remariages et des problèmes financiers.
  • 219 Dans les groupes de parents à haut conflit, la JPC peut être atteinte grâce à une aide considérable de la part de professionnels. Question : pourquoi se donner comme but la JPC, ainsi que le font aussi certains professionnels en France ?
  • 220 « Les parents peuvent tout à fait mettre en place une JPC sans se parler et sans se coordonner ». Question non abordée : comment règlent-ils les problèmes d’école et de santé de l’enfant ?
  • 221 Il y a plus de conflit pour les enfants âgés de 1-3 ans que pour ceux âgés de 4-5 ans. Il n’y a pas de commentaire. On peut supposer que le mode de garde est plus complexe pour un enfant petit (problème de la continuité).
  • 221 Les mères disent avoir avec le père une relation de coparentage plus effrayante en JPC, et plus distante en SPC.
  • Dans 25% des SPC, le contentieux augmente dans les années suivant la séparation du couple contre 10% en JPC. Mais il n’est pas indiqué quel était le niveau de contentieux de départ. De plus, beaucoup de pères ayant obtenu ce qu’ils voulaient arrêtent d’être conflictuels.
  • Les pères en SPC se désengagent plus. Il n’y a pas d’explication proposée, ce qui sous-entend que ceci est lié au mode de garde. Il n’est pas fait mention du fait qu’un certain nombre d’hommes ne souhaitent pas exercer une fonction paternelle à cette période de leur vie.
  • JPC : pour les enfants petits, plus bas score de persévérance dans les tâches et plus de difficultés de comportement avec leur mère (il n’est pas évoqué que des enfants petits puissent être en colère contre leur mère parce qu’elle les laisse répétitivement. Ceci est confirmé par le fait que certains enfants le disent si on aide leur mère à les questionner à ce propos. Donc cette colère peut être due à la RA). Quant au plus bas score de persévérance, on peut le mettre en lien avec des ruptures du sentiment de continuité dans l’existence, mais aussi au sentiment d’insécurité. Et y-a-t-il un lien entre l’augmentation actuelle du nombre d’enfants THADA, et l’augmentation du nombre de séparations parentales avec changement fréquent des personnes et des lieux ? (Berger M., « L’enfant instable », Dunod, 2013)
  • 223 : pas de lien entre le niveau de conflit et les pb de comportement à l’adolescence. Donc il faut surtout aider les parents à renforcer leurs liens avec leur enfant et leurs habilités
  • 224 JPC et SCP : le conflit entre les parents n’explique qu’un cinquième des problèmes.
  • Dans les familles intactes, conflit et pb externalisés sont étroitement liés
  • 225 Les ados très investis par leur père qui était en conflit fort avec la mère n’allaient pas mieux que ceux qui n’étaient pas investis par leurs pères
  • Citation de Fabricius (2007) : plus un adolescent a passé de temps avec son père même quand il y a un fort conflit parental, meilleure est la relation avec le père
  • 226   Pour les adolescents, être pris dans le conflit ou ne pas se sentir proche de ses deux parents fait les mêmes dommages (equally damaging) (à noter que le conflit intervient sur un psychisme déjà construit à cet âge).

A la fin de son article, Nielsen cite les conclusions de trois groupes d’experts qui ont réfléchi sur ce sujet :

Groupe 1 : le temps parental doit être réparti de manière à assurer un investissement des deux parents incluant des routines de coucher et de réveil (aucune mention d’âge n’est faite), mais l’état actuel des connaissances ne permet pas de dire quels sont les modes de garde les plus bénéfiques pour les familles à fort conflit

Groupe 2 : les enfants bénéficient clairement de JPC, mais ce mode de garde doit être évité pour les parents en fort conflit ou qui ne collaborent pas

Groupe 3 : JPC doit être la norme pour tous les enfants quel que soit leur âge, incluant les très jeunes enfants

En constatant les divergences entre ces 3 groupes, on comprend que les personnes qui ne retiennent que les conclusions du groupe 3 se livrent à une désinformation.

 Conclusions de Nielsen: Ces études ne concluent pas que les conflits ont peu ou pas d’impact sur l’enfant, ni que des relations parents-enfants attentives et porteuses de limites cohérentes éradiqueront l’impact des conflits sur l’enfant. Mais le niveau de conflit ne paraît pas directement corrélé avec le bien-être de l’enfant, la qualité de la relation parent-enfant étant un facteur important. Il peut y avoir le même niveau de conflit en JPC et en SPC. Et l’auteur conclut sans plus de précaution que « JPC est associée à un meilleur devenir chez l’enfant que SPC (garde principale) même quand les deux parents ne sont pas d’accord au départ sur ce mode de garde, et même quand le conflit entre les parents au moment de la séparation et dans les années suivantes n’est pas bas ‘’ is not low’’) ». Nous constaterons que cette conclusion ne prend pas en compte les limites méthodologiques décrites ci-dessous concernant les études qu’elle cite, ni ce que les cliniciens observent.

BAUSERMAN (USA, 2002)

Dans l’ouvrage qui recense l’ensemble des études sur ce sujet en 2012, « Parenting plan evaluation » (Oxford University Press, 610 pages), il est indiqué pages 161 et 162 que cette étude présente d’importantes faiblesses : pas de différence entre JC et JPC, ce qui rend les conclusions ininterprétables, pas de définition consistante de JC dans les différentes études recensées, peu d’échantillons donnant des possibilités d’effectuer des probabilités valables, 22 études sur les 33 citées sont des thèses d’étudiants, les données recueillies datent de 1982 à 1999, les outils utilisés pour évaluer l’adaptation comportementale et psychologique des enfants sont hétérogènes allant depuis les échelles standardisées à des échelles construites par les auteurs eux-mêmes, et d’autres critiques encore.

FABRICIUS et SUH (USA, février 2017)

Après une critique des recherches qui ne vont pas dans leur sens, les auteurs exposent une étude qui comprend de nombreux tableaux statistiques et qui consiste en une évaluation des relations père-enfant et mère-enfant chez 230 étudiants à l’Université, en fonction du mode de garde dans lequel ils ont été élevés après la séparation du couple de leurs parents. Le but est de raccourcir le temps d’observation inévitable lors de suivis longs, et d’évaluer ainsi à long terme (« without having to wait 20 years for longitudinal data »). Ceci peut permettre de constater si les troubles décrits chez les enfants dans les études critiquées précédemment persistent ou ne sont que temporaires. Un interrogatoire est envoyé aux parents (167 réponses des mères seules, 26 des pères seuls, 37 réponses des deux parents). Le nombre de refus n’est hélas pas précisé. Le mode de garde est indiqué en fonction de l’âge de l’enfant et par séquences de 14 jours : pour X enfants de moins d’1 an, X n’ont pas passé de nuit hors du lieu d’hébergement principal ; X ont passé 1 ou 2 nuit chez l’autre parent ; X 3 ou 5 nuits ; X 6 ou 7 nuits. Ceci est repris à l’âge de 1 ans, 2 ans, 3 ans, puis par tranches de 5 ans.

Il est demandé aux parents la fréquence et l’intensité des désaccords concernant la garde entre eux aux mêmes périodes cotés selon une échelle définie par Fabricius, à chacune des périodes définies ci-dessus.

Il est demandé aux étudiants la qualité des soins donnés par leurs parents (échelle Parental Bonding Instrument, PBI), la qualité de l’interaction avec leur parent (échelle construite par Fabricius), les reproches (« blames ») à faire aux parents.

La conclusion est que le conflit qualifié de « normal » entre les parents (on suppose que cela élimine les violences conjugales), le désaccord entre les parents sur le mode de garde, l’âge inférieur à 1 an, ne constituent pas des circonstances qui doivent entraîner une prudence particulière ; au contraire, une fréquence importante des nuits partagées entre les parents est nécessaire dans ces situations, et elle est à l’origine d’une meilleure relation de l’enfant avec ses deux parents. C’est une erreur de penser en termes de monotropisme, de relation d’attachement principale, et de penser que le temps « perdu » par un parent lorsqu’il ne reçoit pas son enfant précocement la nuit pourra être compensé plus tard. Et ces recommandations doivent être transmises aux décideurs politiques. On remarque à la page 13 de l’article un appel fait aux travaux de Brazelton en 1986, lequel indique à quel point ce que les parents apprennent de leur enfant dans les premières années peut modifier leurs futures relations, tout en omettant d’ajouter que c’est pour cette raison que Brazelton a publié en 2000 un calendrier précis de progressivité des nuits chez le père (aucune avant trois ans en particulier d’autant plus qu’il existe un conflit) en cas de séparation parentale.

La limitation que les auteurs reconnaissent à leur étude est qu’ils ignorent si le plus grand nombre de nuits passés chez le père a créé plus de stress dans la relation mère-enfant chez les enfants les plus jeunes (il aurait pourtant été possible dans l’enquête de demander à la mère si l’enfant avait présenté des symptômes de cet ordre), « mais si cela a créé du stress, cela ne s’est pas reporté (« carry over ») chez l’adulte jeune ».

Enfin dans le journal « Baltimore Post-Examiner» du 12-02-2018, Fabricius préconise « de supprimer la préférence traditionnelle donnée au parent qui a procuré les soins de maternage à l’enfant », ceci dans l’intérêt de l’enfant.

Cette étude soulève une question évidente : leurs auteurs ont-ils une pratique de consultation pédopsychiatrique ? Suivent-ils des enfants au long cours en consultation ? Que font-ils lorsqu’ils sont face à un enfant qui présente une insomnie durable pendant plusieurs années dans ce contexte (Berger M, 2009) ? Ou lorsqu’il présente une phobie de la séparation qui prend la forme d’une phobie scolaire ? Ont-ils publié la description d’une seule prise en charge d’un enfant qu’ils auraient réalisée ? (On pourrait poser les mêmes questions à Mr Grangeat, qui dirige CIRA France). Ou font-ils des recherches sur des chiffres ? Peut-on vraiment se contenter d’une étude réalisée par voie postale pour évaluer le fonctionnement affectif d’un individu ? Pourquoi n’ont-ils pas, au minimum, posé aux étudiants la question : si vous étiez un parent séparé, proposeriez-vous pour vos enfants le même mode de garde que celui qui a été le vôtre ou un mode différent ? Le vécu de certains adolescents décrits par Smart, qui ont de bonnes relations avec leurs parents mais qui attendent avec impatience d’aller à l’Université pour sortir de la JPC serait-il alors apparu ? Les auteurs auraient-ils recueilli des témoignages semblables à ceux que nous mettons en annexe 1? En clair, au pire ces chercheurs ignorent ce qu’est la vie psychique. Au mieux, ils montrent qu’on ne peut pas se contenter de telles études sans y ajouter la dimension apportée par l’expérience de terrain.

 Ce que nous savons depuis longtemps, c’est qu’un enfant petit ne peut pas ne pas s’attacher à l’adulte avec lequel il vit, car sinon il éprouve un sentiment de solitude extrêmement angoissant. C’est pour cette raison que les enfants petits s’attachent même à des parents, père ou mère, très négligents ou maltraitants, sorte de syndrome de Stockholm. On n’est donc pas étonné que dans l’étude de Fabricius, les étudiants considèrent comme bonne l’interaction avec leurs parents et n’aient aucun reproche à leur faire. Mais il y a plus encore. L’enfant petit en RA se trouve dans une telle dépendance, une telle insécurité affective, qu’il ne peut pas penser sur sa situation. Il est obligé de se décentrer constamment de lui-même, et doit mobiliser ses forces psychiques pour passer d’un parent à un autre en s’adaptant chaque semaine à leur humeur et leurs habitudes. Il doit tenir compte en permanence de deux psychismes adultes qui ne sont pas reliés entre eux, sorte de trou dans la couche d’ozone familiale. Personne ne demande à un enfant petit si cette situation lui convient, et pendant des années, il a le sentiment de ne rien maîtriser de son existence. Il n’a donc pas la possibilité d’investir sa pensée et de la déployer « tranquillement » pour réfléchir sur ce qu’il ressent. Comment pourrait-il répondre à des questions par écrit à ce sujet sans une aide psychothérapique préalable à laquelle, justement, beaucoup de pères s’opposent (cf. infra). Et quand la mère pense que le dispositif n’est pas adapté à son enfant, elle est, du fait de la décision judiciaire, subordonnée au père, ce que l’enfant ne peut pas comprendre, et il ne peut percevoir sa mère que comme non protectrice. Comme l’enfant ne peut pas exprimer la tension et la colère qu’il ressent, il la retourne contre lui, ce qui accroît les sentiments dépressifs qu’il éprouve souvent de manière durable. Et il faut n’avoir jamais suivi le moindre adulte en psychothérapie pour penser qu’une période dépressive de plusieurs années pendant l’enfance, ou une période prolongée pendant laquelle un enfant n’a eu aucune maîtrise sur son sort ne laissent aucune trace affective à l’âge adulte. C’est cette étude qu’il serait impératif de réaliser auprès d’adultes ayant vécu en RA, grâce à des chercheurs cliniciens capables d’avoir des entretiens semi directifs de qualité avec des personnes en chair et en os.

Je n’ai pas réussi à me procurer l’étude de Barumanzadah, Lebrun et Poussin. Mais il me semble indispensable que la même lecture attentive que celle faite pour l’article de Bergström soit effectuée pour l’ensemble des publications portant sur ce sujet.

 

 V – LES CHIFFRES et LES LOIS

Quand on regarde les chiffres les plus officiels possibles, on se rend rapidement compte que les quantités de RA dans chaque pays sont très inférieures à ce que déclarent les associations de pères et les tenants de la RA dans les médias en France.

  • Pour les USA, dire que la RA est le modèle majoritaire est faux, il y a des variations énormes selon les Etats de ce pays. Et il est souvent évité d’indiquer qu’en 1994, l’Etat de Californie est revenu sur la RA par défaut, c’est-à-dire comme norme, étant donnés les dégâts constatés. De plus, comme indiqué plus haut, on parle de RA à partir de 30/60 %

Quant au modèle nordique prôné :

-On a vu ce qui en était du Danemark en 2012.

  • Pour la Suède, SCHIRATKZI, Institut for Scandinavian Law, fait le point en 2009 (donc à réactualiser) sur la loi de 1998 concernant le DVH. La JC (autorité parentale partagée) est imposée pour les couples mariés, et seulement encouragée pour les couples non mariés. A noter qu’en France, il y a de plus en plus d’hommes et de femmes qui ont un enfant sans avoir jamais vécu en couple avec l’enfant. La JPC n’est pas imposée à cette date en Suède.
  • En Allemagne, en 2013 (LégiGlobe), il était impossible de prononcer une résidence alternée contre l’avis d’un parent. Un nouveau projet de loi va être déposé au Bundestag en 2018.
  • Au Canada, toujours en 2013, on considère qu’il y a garde partagée dès 40/60%, et selon la jurisprudence, la décision de garde partagée nécessite que les parents aient un degré de communication suffisant entre eux et ne soient pas en conflit. Vérifier ce qui en est actuellement.
  • En Belgique, la demande d’hébergement égalitaire est la règle, et le parent qui y est opposé doit démontrer pourquoi il trouve cela inadapté. Les pédopsychiatres belges constatent les dégâts qu’occasionnent ce dispositif face à certaines demandes des avocats.

 

EN GUISE DE CONCLUSIONS PROVISOIRES

Les conditions méthodologiques que décrites p.10 dans sont indispensables. Et il est nécessaire que ces études tiennent compte, dans JPC, de la différence entre 30/70 ou 35/65 et 50/50%, dans la mesure où une demande de 50 /50 % rigide peut correspondre à une revendication conflictuelle ou à un intérêt financier plus qu’à l’intérêt de l’enfant.

  • A ma connaissance, les études qui correspondent le mieux aux critères méthodologiques valables sont celles de Solomon et George, et de McIntosh, Smyth, Kelaher (2010).
  • La réalité des lois et des chiffres dans différents pays doit être réactualisée avec rigueur
  • Il est souhaitable qu’un groupe de travail soit constitué pour examiner les différentes publications sans parti pris, sous l’égide de la Waimh et de la SFPEA. On ne peut pas se contenter d’en lire le résumé ou de les survoler.

 UNE CLINIQUE ABSENTE

-A aucun moment, dans ces grandes séries, on ne voit apparaître dans ces études, sauf celles de Solomon et George, et de McIntosch, les troubles que nous observons quotidiennement chez les petits et même des enfants de plus de 6 ans. Où est passée cette clinique ? Dans un petit film réalisé pendant une consultation, Eugénie Izard montre comment les signes de souffrance présentés par un enfant de 27 mois depuis qu’il est en RA à l’âge de 22 mois peuvent être subtils et nécessiter une finesse clinique certaine pour être repérés. Il est évident qu’aucune des études citées précédemment ne peut déceler de tels signes : moment d’angoisse avant d’aller spontanément vers les jeux, car l’enfant doit alors s’éloigner un peu de sa mère, jeux répétitifs avec une recherche d’immuabilité, moments de coupure avec les adultes, discordances émotionnelles (rit au lieu de se plaindre lorsqu’il se cogne involontairement la tête). Et le syndrome de l’enfant parfait lié à la perte répétée des personnes et des lieux chez des enfants âgés de plus de 3 ans, décrit par E. Izard, mais aussi par P. Levy Soussan (2006) et H. Rottman (2006), est un mode de souffrance qui n’est pas détectable par les études chiffrées et qui n’apparaît qu’au cours d’un processus psychothérapique. A noter aussi les témoignages d’enfants devenus adultes qui ont supporté la RA sans rien dire mais avec le sentiment qu’ils ne maîtrisaient rien de leur destin, et qui disent avoir été malheureux pendant leur enfance, sans troubles observables, mais avec des séquelles relationnelles à l’âge adulte (cf. annexe 1). Il est donc souhaitable que la réflexion ne porte pas que sur des études chiffrées mais aussi sur des études cliniques.

-Il faudrait donc que des praticiens exerçant en libéral participent à ce groupe de travail, car c’est en cabinet qu’on voit actuellement le plus ces problèmes. A noter qu’en 2015, le Réseau de professionnels en protection de l’enfance a réalisé un tel sondage auprès de 262 professionnels de l’enfance en libéral qui a montré que 900 enfants sont en souffrance suite à une décision de résidence alternée, dont les 2/3 ont moins de 8 ans. On peut extrapoler et dire sans exagération que ce sont des milliers d’enfants qui sont concernés en France. On peut objecter que ces cliniciens ont un « biais de recrutement » car ils ne voient que les enfants qui vont mal et pas ceux qui supportent mieux les différents modes de garde. Mais les enfants qui vont mal sont en grand nombre et ce sont eux qui constituent notre préoccupation.

-Il serait pertinent de demander l’avis des collègues belges de la Waimh belgo luxembourgeoise et autres qui sont à même de faire des constations directes sur les conséquences éventuelles d’une RA systématique. En particulier, il serait intéressant d’avoir le témoignage de Carine De Buck, pédopsychiatre membre de la société belge de psychanalyse et de la Waimh, et qui a eu le courage de débattre avec les tenants des études sus-citées.

Le communiqué de la WAIMH du 28-11-2017 sur ce sujet soulève plusieurs questions. Il s’appuie entre autres sur l’étude de Bauserman dont nous avons constaté les limites. Il indique que la RA par défaut est majoritaire aux USA alors que la situation dans ce pays est beaucoup plus nuancée (cf. supra). Il cite l’étude de Tornello (2013) qui est certes intéressante mais concerne une population très spécifique (familles appartenant à des minorités ethniques défavorisées et pauvres, avec le plus souvent des parents jamais mariés, des antécédents de prison chez ces adultes), et de plus, ce sont les parents eux-mêmes qui ont évalué les difficultés de leur enfant à partir d’une version modifiée du Q Sort qui leur a été adressée par voie postale. Les résultats de cette étude, qui, comme d’autres études ultérieures de cet auteur, a le mérite de s’intéresser à des milieux défavorisés, paraissent difficile à généraliser. Par ailleurs, certes l’étude de McIntosh et coll. indique qu’au-delà de 4 ans, seuls les conflits entre les parents ou leur manque de chaleur affective dans les soins sont à l’origine de troubles, dont des troubles attentionnels persistants, en cas de JPC 35/65. Mais il faut quand même souligner que le fort conflit est fréquent à cet âge, même s’il peut s’atténuer plus tard, et que les cliniciens (et certains enseignants) constatent les difficultés occasionnées au-delà de cet âge par la RA, en particulier des sentiments dépressifs. De plus, McIntosh et coll. citent comme autre facteur défavorable le fait que la RA soit flexible ou rigide. Le champ de recherche de la Waimh, qui va de 0 à 3 ans, est-il le plus adapté pour se positionner pour des enfants plus âgés ?

A propos du communiqué de la SFPEA de fin 2017, il faut rappeler qu’au nom du principe de coparentalité, certains Juges des Affaires Familiales ne prennent pas en compte les violences conjugales. Exemple : un père condamné à de la prison avec sursis pour avoir frappé et poignardé sa femme et provoqué un traumatisme crânien sur son bébé âgé de quelques mois obtient un large droit de garde à la fin de la détention, car le juge estime que c’est de « l’histoire ancienne ». Et de telles décisions sont fréquentes. D’où l’importance de rappeler certains principes essentiels.

-Et ne serait-il pas indispensable qu’il y ait enfin une étude rigoureuse française ?

-Il serait souhaitable de demander au gouvernement et aux différents partis politiques de s’abstenir de légiférer sur tout ce qui concerne l’autorité parentale quelles que soient les pressions exercées, tant que le groupe de travail proposé ci-dessus n’aurait pas fourni ses conclusions, même si cela doit prendre le temps nécessaire. Sinon, ce problème continuera à envahir la société et notre pratique quotidienne.

* * *

ANNEXE 1 : deux témoignages d’adultes qui montrent ce qui ne peut être mis en évidence dans l’études de Fabricius et Sur

Extrait du livre « Divorce, separation : les enfants sont-ils protégés », J. Phélip, M. Berger, Dunod,2012, p.30-31

Témoignages reçus à « L’enfant d’Abord[10] »

« Madame, Monsieur,

Une amie psychologue a pensé que mon témoignage pouvait vous intéresser.
Lorsque nous nous sommes séparés, mon mari et moi, notre fille n’avait pas tout à fait 5 ans. Les raisons de notre divorce ne présentent pas d’intérêt en l’occurrence, mais nous nous sommes séparés d’un accord commun, et en bons termes. Nous avons aussitôt mis en place une garde alternée pour notre fille qui résidait une semaine sur deux chez chacun de nous.

Notre fille vient de passer brillamment son baccalauréat. Le soir des résultats, elle nous a invités au restaurant, son père et moi, mais sans nos nouveaux conjoints respectifs. Ce fut notre première surprise car elle s’entend bien avec chacun d’eux, mais rien à côté de la surprise suivante. En effet, une fois à table, elle s’est adressée à nous d’un air grave et nous a dit : « Je me suis inscrite à telle école (loin de notre ville) et à partir de maintenant, je viendrai vous voir quand je le déciderai. Vous avez été de bons parents, mais vous m’avez imposé pendant des années une vie de nomade où je n’étais jamais “chez moi”, et jamais vous ne vous êtes demandé ce que je pouvais vivre. »

Nous étions interloqués. Notre fille était une enfant sage, facile, docile, toujours très investie à l’école, et qui a toujours eu d’excellents résultats. Elle était certes un peu introvertie et nous pensions qu’elle était timide. Mais nous étions à mille lieues de penser qu’elle souffrait de la garde alternée.

Le premier choc passé, nous lui avons demandé pourquoi elle ne nous avait jamais rien dit. Elle a prétendu qu’elle avait essayé de nous “faire passer le message”, mais que nous étions restés sourds et aveugles, et que d’autre part ce n’était pas à elle d’imposer un choix, mais à nous, ses parents, de comprendre ce qu’elle pouvait vivre. Il n’est pas utile de vous dire combien nous étions secoués. Depuis, nous avons beaucoup discuté ensemble, et nous lui avons dit nos regrets de lui avoir imposé cette vie, alors que nous pensions bien faire pour elle.

Je pense que les choix que nous faisons pour nos enfants, sont souvent faits à travers nos yeux d’adultes, et c’est pourquoi ils s’avèrent malheureux parfois.

J’espère que ce témoignage pourra éclairer plus encore votre expérience.

Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à mes sentiments distingués.

Françoise R… »

* * *

« Madame,

C’est fortuitement que j’ai appris votre existence, après une émission de TV qui concernait la garde alternée, et dans laquelle trois mères témoignaient.

Quand mes parents se sont séparés, je n’avais pas tout à fait 3 ans (j’en ai 35 aujourd’hui) Ils avaient décidé de faire une garde partagée pour moi, comme on appelait ça à l’époque. Les premiers souvenirs que j’en ai, c’est d’abord le sentiment d’avoir déménagé sans arrêt. Mais je me rappelle surtout le déchirement que je ressentais chaque fois que je devais quitter ma mère pour une semaine. Pourtant elle ne cessait de me répéter que “j’allais être bien chez papa, et faire des tas de choses avec lui”. À vouloir me rassurer comme elle le faisait, j’en ai conclu qu’elle était finalement contente que je parte, et je me souviens qu’après un certain temps, je n’ai plus rien manifesté. C’est ma grand-mère paternelle qui s’occupait surtout de moi la semaine où j’étais chez mon père, jusqu’à ce qu’il refasse sa vie. Ma mère a également refait sa vie, puis chacun a eu un nouvel enfant. Là ce fut encore plus difficile, car j’étais le seul à déménager toutes les semaines pendant que mes frères restaient chacun avec leurs parents. J’avais l’impression d’être un déraciné qui n’avait de véritable place nulle part

Bien plus tard, j’ai eu de nombreuses discussions avec ma mère. Elle m’a expliqué pourquoi elle se montrait aussi détendue quand je partais : elle voulait que tout se passe bien et que je ne ressente pas sa tristesse de me voir partir. Pourtant et quoi qu’elle me dise, quelque chose est inscrit au fond de mon cerveau de l’image de cette maman sereine de me voir partir, alors que j’aurais voulu qu’elle me garde près d’elle. Finalement, en réfléchissant à tout ça, j’ai l’impression de n’avoir eu ni vraiment de père, ni vraiment de mère. Quand ma mère est décédée j’ai eu du chagrin, mais j’ai eu le sentiment que je n’en avais pas plus, en fait, que s’il s’était agi d’une nounou que j’aurais bien aimée. Cette façon de vivre qu’on m’a imposée a bouleversé quelque chose de profond en moi. Je souffre d’une certaine instabilité mais que j’arrive à gérer. Par contre, je n’arrive pas à m’engager dans une relation pour fonder une famille. Voilà. Comme je l’écrivais sur un site d’avocat, si mon expérience plutôt malheureuse peut en faire réfléchir certains, je n’aurais pas perdu mon temps en racontant mon histoire.

Cordialement.

Thomas C… »

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ANNEXE 2 : le Calendrier de Brazelton

Pages 243-246 de l’ouvrage de J. Phélip & M. Berger M., (2013).

Divorce, séparation : les enfants sont-ils protégés ? Paris : Dunod.

Version actualisée en Septembre 2012

Calendrier de Brazelton [11]

Une première version aménagée de ce calendrier a été présentée par M. Berger, A. Ciccone, N. Guedeney, H. Rottman en 2004. L’expérience quotidienne et la prise en compte de recherches récentes (McIntosch J., 2011) ont fait apparaître la nécessité d’y apporter quelques aménagements en 2012 (M. Berger).

Comment proposer un dispositif qui permette à un enfant de bénéficier le plus souvent possible de la présence de son père, et réciproquement, sans créer une discontinuité préjudiciable dans sa relation avec sa mère ? Il est évident que cette question ne se pose que si le père et la mère ont tous deux des capacités éducatives suffisantes. Si la mère présente des troubles de la personnalité importants qui envahissent sa relation avec son enfant (dépression grave, délire, toxicomanie, etc), et que le père en est indemne, l’hébergement principal devrait être confié à ce dernier. Nous proposons d’encadrer le rythme des contacts sous la forme d’un droit d’hébergement évolutif de la manière suivante.

Utilisation d’un calendrier

Il est particulièrement destiné aux situations de conflit parental élevé, et vise à répondre à un principe de précaution concernant le développement de l’enfant. Ce calendrier qui s’inspire directement des travaux de Brazelton et Greenspan, deux chercheurs ct cliniciens mondialement connus pour leurs travaux sur le développement psychologique du petit enfant, prend comme hypothèse la situation la plus fréquente où la mère est responsable des premiers soins. Il serait à inverser si c’est le père qui a dû assumer cette tâche du fait d’une incapacité psychologique de la mère. Ce calendrier serait à assouplir en fonction de l’éventuelle non-conflictualité du couple, de la capacité de l’enfant de supporter le changement, de l’investissement du père dans les premiers soins, et de la manière dont il s’est occupé seul de l’enfant la nuit du fait, par exemple, des obligations professionnelles de l’épouse. C’est la raison pour laquelle les auteurs indiquent qu’ « aucun modèle ne peut convenir à toutes les familles ». Il est à souligner que ce calendrier introduit une contrainte importante pour la mère qui ne peut pas prendre de longues vacances afin de ne pas priver son enfant de la présence de son père.

De 0 à 2 ans

C’est la période la plus complexe car les besoins de sécurité et de stabilité d’un nourrisson ne sont pas les mêmes à 2 mois, 8 mois, 12 mois. Aussi avons-nous introduit des nuances dans cette période par rapport au calendrier initial de Brazelton. De plus, l’allaitement éventuellement en cours limite les possibilités d’éloignement du domicile maternel. Il se pose aussi la question de la distance entre les domiciles des parents s’ils sont éloignés. Il faut dire clairement que notre société n’a pas été capable de regarder en face ce problème qui est de plus en plus fréquent, et d’y proposer des solutions adaptées.

 L’enfant pourrait rencontrer son père deux à trois fois par semaine sans passer la nuit chez lui, pour une durée de deux ou trois heures deux fois par semaine jusqu’à l’âge de six mois, puis trois fois trois heures. Deux de ces demi-journées seraient éventuellement regroupables sur une journée à l’approche des douze mois[12]. Le problème est celui du lieu en cas d’éloignement du domicile : il faut trouver un tiers non impliqué dans le conflit s’il existe une mésentente à propos de l’hébergement : chez un grand-parent, un ami commun, chez la nourrice. On pourrait proposer que dans le futur, ceci puisse avoir lieu à la crèche dans un local aménagé de manière légale.

De 2 à 4 ans

À partir de deux ans et à condition que l’enfant soit bien familiarisé avec le foyer paternel, on pourrait ajouter à ces deux ou trois demi-journées une nuit dans la semaine, sans que la séparation d’avec la mère dépasse un jour et demi.

De 4 à 6 ans

 L’hébergement pourrait se faire chez le père sous la forme d’un weekend de deux jours deux nuits tous les quinze jours, et d’une journée une semaine sur deux de manière à ce que l’enfant rencontre son père toutes les semaines. Cette « journée » peut prendre la forme d’un déjeuner ou d’un repas du soir, l’enfant revenant coucher chez sa mère.

À ce propos, il faut souligner qu’une nuit du mardi au mercredi toutes les semaines morcelle trop la vie de l’enfant, et que ce n’est pas pendant la nuit qu’un père crée des liens avec son enfant, mais en partageant des activités et des moments de discussion avec lui.

À cela s’ajoute la moitié des vacances scolaires, sans dépasser une durée de quinze jours consécutifs chez le père à condition de maintenir des contacts suffisants et non intrusifs avec l’autre parent et réciproquement.

Ce calendrier est utilisé en cas de conflit conjugal important par plusieurs tribunaux américains (King County Family Court Services, 1989 ; Spokane County Superior Court, 1996).

Un assouplissement du calendrier

Il peut être réalisé si les deux parents font une démarche conjointe, ce qui les pousserait à une coparentalité la moins conflictuelle possible.

* * *

NOTES DE BAS DE PAGES

[1] Le taux d’accord est à 100% dans les divorces par consentement mutuel, de 84% dans les divorces contentieux, et de 70% pour les enfants nés hors mariage. En cas d’accord, les parents choisissent alors la résidence chez la mère dans 71% des cas, chez le père dans 10%, et la RA dans 19%.

[2] Troubles décrits in Berger M, Ciccone A, Guedeney N., Rottman H en 2004

[3] Présidente du REPPEA -Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et de l’adolescence

[4] L’ensemble de ces constatations a amené la publication de deux ouvrages collectifs : « Le livre noir de la résidence alternée », J. Phélip, 2005, Dunod ; et « Divorce, séparations. Les enfants sont-ils protégés ? », J. Phélip, M. Berger, 2012, Dunod

[5] Une analyse détaillée de cet historique a été présenté par M. Berger lors de deux colloques portant sur ce thème, organisés par la Société Française de Psychiatrie de l’Enfant, et la branche française de l’Association Mondiale de Santé Mentale du Nourrisson. A lire sur mauriceberger.net

7 Principes méthodologiques souhaitables pour les études concernant la résidence alternée

1) Différencier les problématiques selon les âges (0-2 ans, 2-5 ans, 5-12 ans, adolescence), car l’impact de la résidence alternée n’est pas le même selon le niveau de développement de l’enfant.

  • Avoir si possible 3 groupes de comparaison :
  • enfants élevés par des parents non séparés
  • enfants élevés par des parents séparés, avec un hébergement principal
  • enfants élevés par des parents séparés, avec résidence alternée
  • Préciser le rythme réel de l’alternance. La plupart des études internationales portent sur la résidence alternée 35%/65%, ce qui, en quantité annuelle, correspond au «droit de visite et d’hébergement élargi» français (un week-end sur deux, une nuit l’autre semaine, et la moitié des vacances scolaires). Bien qu’il ne s’agisse pas d’un rythme d’alternance 50/50, lequel est rare hors de France et de Belgique, on observe déjà des différences significatives avec les enfants élevés en hébergement principal.
  • Evaluer, par des échelles précises, le niveau de conflictualité dans le couple parental car le conflit influence l’état affectif de l’enfant dès son plus jeune âge.
  • Si possible, avoir des études longitudinales qui permettent d’évaluer les changements de mode de garde dans le temps
  • Ne pas confondre Joint Custody, qui signifie simplement « autorité parentale partagée », et Joint Physical Custody, terme qui porte sur le rythme de l’hébergement et qui signifie “garde physique partagée”, le plus souvent 30/70, 35/75)
  • Prendre en compte les biais de recrutement. Par exemple, dans l’étude de Solomon et George, 30 % des mères et 32 % des pères sollicités ont refusé de participer. Il peut s’agit d’un souhait de préserver son intimité familiale, mais aussi d’un “noyau dur” : certains parents sont hostiles à toute évaluation car leurs enfants vont très mal.
  • Le recueil de ces recherches se trouve dans « Parenting Plan Evaluations. Applied Research for the Family Court », 2012, Oxford University Press, 612 p.

[7] Pour la description de la recherche de McIntosh et coll. au-delà de 5 ans et celle de Smart chez les adolescents vivant en résidence alternée, voir sur mauriceberger.net

[8] Remarque : il existe des sensibilités individuelles à la séparation pour chaque enfant petit. Que fait-on quand un enfant ne supporte pas la résidence alternée ? Bien que dans ces circonstances, les psychothérapies échouent presque toujours à traiter les troubles des enfants de moins de 4 ans, en France dans la majorité des cas, les magistrats ne reviennent pas sur la décision initiale lorsqu’on peut supposer que l’hébergement en résidence alternée est à l’origine des troubles.

[9] 

Conflicts or due to parents : p 91

Parental cooperation

Research on divorce as well as on child welfare expertise has pointed out that a well-functioning 50/50 arrangement requires a relatively high standard of parental cooperation. To avoid the life of their common child becoming fragmented, parents need to exchange information about practical issues, to discuss matters concerning child well being, and to establish a basic level of common normative standards. Similarly, parental flexibility and generosity around the practical organisation of the living arrangement appear to be crucial for the chil’s ability to integrate

the two family lives in a harmonious way. Some divorced parents are notable to meet the minimal level of parental cooperation. This puts a strain on the children, sometimes leading to further trouble with respect to the practical aspects of their everyday life. If one parent, for instance, initiates activities for the child (e.g. extra homework, a diet, or attendance in sport), while the other parent ignores such initiatives, it becomes difficult for the child. Other children with equally shared residence are sharing the fate with other children of divorced parents (not living in 50/50 arrangements) in that their parents have fraught relationships or are even in open conflict. These children are stuck in dilemmas of loyalty or drawn into allying themselves with one parent against the other. To cope with such critical parental relationships some children exercise self censorship or refrain from talking about what is going on in the other household. They navigate through life by hiding feelings for the one parent from the other. As a result they may come to have two completely separate family lives.

p 93

” Finally, in continuation of the topic of broken families, we will draw attention to the children who spend an equal time in both parents’ households. Shared living arrangements may not be a risk factor per se, but when such arrangements are established on the basis of parental claims for ”equal shares” according to a Solomon principle, such solutions may not be in the best interests of the child”

[11] Ce calendrier, publié pour la première fois dans « Ce qu’un enfant doit avoir », T.Brazelton, S.Greespan, 2001, Stock, p.84-86, est habituellement présenté de manière déformée et caricaturée par les associations de pères. Nous suggérons au lecteur de prêter attention aux nuances qu’il contient

[12] On fera remarquer qu’un enfant placé en crèche s’absente plus longtemps du domicile maternel dans la journée. Mais dans son cas, la crèche tient compte des indications du parent gardien pour aménager son mode de vie et respecter ses routines, et la passation se passe confortablement sans être l’objet d’un enjeu, ce qui n’est pas le cas si la situation est conflictuelle entre les parents.

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